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vendredi, août 12, 2022

En Allemagne, les partis s’arment contre les infox de la campagne électorale

Annalena Baerbock est de loin la candidate à la chancellerie la plus touchée par les campagnes de haine et de désinformation qui circulent actuellement sur les médias sociaux outre-Rhin. Seule femme à viser la chancellerie pour les élections législatives du 26 septembre, la tête de liste du parti des Verts – créditée de plus de 20 % des intentions de vote – est devenue une cible privilégiée.

Fin avril, quelques jours après l’annonce de sa candidature, une fausse citation fait le buzz sur Facebook. Elle y est accusée de vouloir interdire la possession de chiens qui émettraient « 19 tonnes de CO2 » par an en Allemagne. Plus tard, un photomontage la représentant dans le plus simple appareil circule sur le média social Telegram et insinue qu’elle se serait prostituée dans sa jeunesse.

À cela s’ajoutent les vraies polémiques. À l’occasion de la parution d’un livre où elle promeut ses idées (Jetzt, « Maintenant »), des accusations de plagiat l’accablent, en raison de courts extraits ressemblant à des copiés-collés. Son parti fait bloc et dénonce une même mécanique pour « ternir de façon malveillante sa réputation ».

Environnement de mensonges

« Nous observons depuis longtemps les campagnes de haine et de fake news en ligne, commente Michael Kellner, chef de campagne des Verts. Après l’annonce de la candidature à la chancellerie d’Annalena Baerbock, cela a pris une toute nouvelle dimension. Nous avons reçu des messages de l’ensemble du pays en lien avec la fausse citation sur les chiens. Lors de ces agressions, les femmes sont le plus souvent réduites à leur sexe et à leur apparence et leurs compétences sont niées. Cela n’arrive pas de la même manière avec leurs collègues masculins. »

Alors que le pays est en pleine campagne électorale, les écologistes renforcent leur réseau de « sapeurs-pompiers du Net », lancé lors des législatives de 2017. Ces volontaires sont chargés d’identifier, contrecarrer et signaler les messages de haine et les fausses informations circulant sur le Web. Une formule reprise par la totalité des formations politiques.

Le Parti social-démocrate (SPD) a créé un site et un groupe sur Telegram pour démonter les fausses informations. De même, l’Union chrétienne-sociale (CSU), avec son site Héros des faits. « Nous voulons mener la campagne électorale hybride la plus innovante d’Allemagne (en présentiel et en digital, NDLR). Le “Héros des faits” est un outil central pour nous défendre contre les fake news et contribuer à la clarification », explique son secrétaire général Markus Blume.

Des contrefeux et leurs limites

Échaudés par l’explosion du nombre d’infox en provenance de l’étranger, notamment de la Russie, et par plusieurs cyberattaques contre le Bundestag lors de la campagne électorale de 2017, les partis politiques allemands, à l’exception de la formation d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), ont passé cette année un pacte de « fair-play » électoral. À moins de trois mois des élections, certains des leaders de l’AfD ont commencé à décrédibiliser le vote par correspondance – peu utilisé par ses électeurs –, accusé d’être une « passerelle vers la manipulation », bien qu’aucun cas de fraude n’ait été relevé à ce sujet en Allemagne. Un argument déjà employé l’an dernier par l’ex-président américain Donald Trump.

« La très grande majorité des fausses informations proviennent depuis longtemps des milieux d’extrême droite », rappelle Simon Hegelich, de l’Université technique de Munich. « Je ne pense pas que le risque de fake news soit plus élevé cette année qu’il y a cinq ans. Il y en aura, mais les internautes et les partis sont plus réactifs. »

Le travail de vérification des faits réalisé par les partis pourrait toutefois avoir des effets limités, prévient-il : « Cette vérification est importante mais souvent tendancieuse et donc peu crédible. Au final, elle participe à la polarisation des opinions, elle-même accélérée par les médias sociaux. » Malgré cela, les partis politiques devraient continuer de miser sur cet instrument, l’un des rares qu’ils possèdent face à la désinformation.

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Les Verts dans la tempête

Les Verts, un temps en tête des intentions de vote, sont désormais distancés par les conservateurs de la CDU-CSU, qui recueillent 28 % des intentions de vote, contre 20 % pour les Grünen, selon un sondage de la chaîne publique ARD, publié jeudi 1er juillet.

La candidate écologiste Annalena Baerbock, accusée d’avoir gonflé son CV et copié-collé des extraits dans son livre-manifeste, est de surcroît la cible de fausses nouvelles. 58 % des Allemands la jugeraient « indigne de confiance », selon un sondage Insa publié jeudi 1er juillet dans Bild.

Les sociaux-démocrates du SPD (15 %) devanceraient de peu l’extrême droite de l’AfD (12 %).

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