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jeudi, juin 30, 2022

Le nouvel achat de six Rafale interroge sur les priorités du gouvernement grec

Le gouvernement grec n’aurait-il pas dû acheter plutôt des canadairs ? À la suite de la pire canicule depuis trente ans dans le pays et d’incendies ravageurs, qui ont fait trois morts et au cours desquels plus de 100 000 hectares de végétation sont partis en fumée, la Grèce a annoncé l’achat à la France de six avions Rafale supplémentaires. En janvier 2021, Athènes avait commandé dix-huit avions fabriqués par Dassault Aviation, dont douze étaient d’occasion. Le premier appareil est arrivé en Grèce en juillet.

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Malgré une croissance économique annuelle révisée à 5,9 %, la vie pour la population grecque est de plus en plus compliquée. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté d’environ 20 % quand, au même moment, ceux de l’électricité grimpaient de 40 %. « La situation économique n’était pas bonne avant la pandémie, et le Covid-19 ne l’a pas arrangée d’autant que l’an passé, le tourisme a été réduit à néant ou presque », énonce Joëlle Dalègre, maître de conférences émérite à l’Inalco, pour qui la « priorité » du gouvernement est de montrer que la Grèce est désormais en mesure de respecter ses échéances financières.

La spécialiste des relations gréco-turques estime que les Grecs, à cette heure, « sont plus préoccupés par la question migratoire que par le reste, en tout cas ceux des villes », avec des quartiers au bord de l’asphyxie à cause de la concentration de migrants, comme à Athènes. Plus d’un an après l’incendie du camp de Moria, la Grèce est pointée du doigt par les ONG pour l’accueil indigne réservé aux exilés à l’heure où la crise afghane fait craindre une nouvelle vague migratoire. Amnesty International, Human Rights 360 ou encore le Conseil grec pour les réfugiés ont dénoncé « une politique néfaste axée sur le confinement des demandeurs d’asile et des réfugiés. »

Montrer les muscles

Dans ce contexte, la nouvelle livraison de Rafale à la Grèce vient semer le trouble. Certes, elle s’explique par les tensions régulières avec le voisin turc, même si une accalmie a été relevée cet été durant la saison touristique. « D’un côté, pendant toute la période de la crise économique, soit près de quinze ans, la Grèce n’a pas renouvelé son équipement militaire. Elle est donc moins moderne que le voisin turc », décrit Joëlle Dalègre. Notamment face aux drones utilisés par le président turc Recep Tayyip Erdogan, en Syrie ou dans le Haut-Karabakh, dans le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

« Je ne sais pas si cette commande de nouveaux Rafale vise à faire plaisir aux électeurs ou à se donner un certain air vis-à-vis d’Erdoğan », analyse l’universitaire. La stratégie grecque pourrait servir à montrer les muscles, alors que le pays risque d’être isolé en cas d’un éventuel conflit. Dans lequel, la partie serait inégale entre les deux belligérants avec, côté turc, « théoriquement la deuxième armée de l’Otan » et une population largement supérieure en nombre par rapport à la Grèce.

Ennemies de toujours

Ennemies de toujours malgré leur présence commune au sein de l’organisation atlantique, Turquie et Grèce s’affrontent autour de leurs frontières maritimes, sur fond d’accès aux ressources énergétiques. Athènes ne veut pas laisser le champ libre à Ankara qui, s’estimant lésée, ne reconnaît pas les tracés actuels des frontières maritimes, datant du traité de Lausanne signé en 1923.

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L’année prochaine sera celle du centenaire du conflit ayant conduit à cette résolution. Une nouvelle occasion pour Erdogan de provoquer son voisin grec avec d’importantes commémorations.

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