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mercredi, août 10, 2022

faut-il organiser un sommet UE-Russie ?

Annoncée à la veille d’un sommet européen, l’initiative franco-allemande a de quoi surprendre. Le gouvernement allemand, soutenu par Paris, veut mettre une proposition sur la table des discussions : pourquoi ne pas inviter le président russe Vladimir Poutine à Bruxelles, pour briser la spirale négative des provocations ? Pavé dans la mare : l’UE a renoncé à tout sommet avec la Russie depuis l’annexion de la Crimée en 2014.

« Dialogue exigeant »

La chancelière allemande Angela Merkel, qui assistera en principe à son ultime Conseil européen ces 24 et 25 juin à Bruxelles, lègue la question à ses homologues, avant de mettre un terme à sa carrière politique à l’issue des élections fédérales du 26 septembre prochain. Voilà qui n’a pas ravi les diplomates baltes et polonais, très inquiets des récentes manœuvres militaires russes. La Russie a encore montré de quoi elle était capable, mercredi 23 juin, après avoir annoncé avoir tiré des coups de semonce sur la trajectoire d’un navire de guerre britannique pour le chasser des eaux qu’elle revendique en mer Noire, au large de la Crimée.

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Malgré ce contexte peu propice, lors de leur arrivée à Bruxelles, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont parlé d’une seule voix. Le président français a insisté sur la nécessité d’un « dialogue exigeant parce que nous ne cédons rien de nos valeurs, ni de nos intérêts ». La chancelière a, de son côté, appelé de ses vœux un « contact direct » avec la Russie pour répondre aux « provocations » et aux « attaques hybrides ». Il est vrai que l’Allemagne comme la France, qui entrent en période électorale, craignent les tentatives de manipulation de leur électorat.

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Contre-sommet Biden-Poutine

La France et l’Allemagne ne veulent pas laisser aux États-Unis le monopole de la relation entre Moscou et l’Occident. « Le président Joe Biden a amorcé une nouvelle dynamique de dialogue avec le Kremlin, en rencontrant Vladimir Poutine le 16 juin dernier à Genève, Paris et Berlin ne veulent pas que les échanges restent entre les seules mains américaines », estime Carole Grimaud Potter, analyste géopolitique, spécialiste de la Russie et des espaces post-soviétiques.

La chancelière a par ailleurs défendu l’idée de « créer des mécanismes » pour répondre « conjointement » à Moscou. Cette proposition fait écho aux propos du ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas, qui avait dénoncé le 7 juin dernier une UE « prise en otage » par sa propre règle d’unanimité en matière de politique étrangère. Le chef de la diplomatie visait la Hongrie sans la nommer, alors que Budapest s’est notamment opposé à des conclusions contre la Chine ou la Russie. « Le veto doit disparaître, même si cela signifie que nous pouvons être mis en minorité », avait-il expliqué.

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Moscou n’aurait rien contre. « Si les 27 valident l’idée d’un sommet UE-Russie, Vladimir Poutine acceptera cette main tendue, il y a intérêt alors que l’UE reste le premier partenaire commercial de la Russie », poursuit Carole Grimaud Potter, fondatrice du Center for Russia and Eastern Europe Research de Genève. De fait, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a immédiatement réagi « de manière positive » à la proposition, jugeant qu’un tel dialogue était « vraiment nécessaire ». Il a néanmoins souligné qu’aucun sommet de ce type n’était à ce stade en cours de préparation.

Réticences de l’est

Rien n’est fait non plus côté UE. La Pologne a posé ses conditions, pour qu’un tel sommet ait lieu. « Seul un retrait de la politique agressive de la Russie envers ses voisins, en particulier l’Ukraine, mais aussi envers les pays de l’UE, en particulier la Pologne, peut constituer une base pour l’ouverture d’un dialogue plus large », a prévenu le premier ministre Mateusz Morawiecki. Ce dernier exige par ailleurs que tous les sujets puissent être abordés, de peur de voir apparaître un agenda « à la carte » qui satisferait les intérêts de quelques-uns seulement. Sans doute pense-t-il au gazoduc Nord Stream 2 qui relie la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique sans passer par l’Ukraine. Il est soutenu par Berlin, mais rejeté en Europe de l’Est, surtout depuis que l’administration américaine a assuré qu’il ne s’y opposerait pas.

La Lituanie, très inquiète de la situation en Biélorussie, a également mis en garde ses partenaires européens. « Nous devons traiter avec la Russie, mais en même temps être prudents quant aux véritables intentions du régime de Poutine », a déclaré le président Gitanas Nausėda. Pour lui, ce serait « un très mauvais signal » d’entamer un dialogue sans avoir au préalable un « changement positif » de la part de Moscou. Dialoguer avec Poutine revient à demander à un ours « de garder le pot de confiture », a-t-il ironisé.

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