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dimanche, août 7, 2022

L’Ukraine, terre d’exil et de rassemblement pour les Biélorusses

Kiev

Correspondance particulière

Sur la place Maïdan, un petit air de révolution. Les drapeaux flottent, les chants et appels à la liberté résonnent. Ici, la petite centaine de manifestants rassemblés ne crie pas « Gloire à l’Ukraine », mais « Zhive Belarus » -« Vive la Biélorussie ». Tous les dimanches, à Kiev, celles et ceux qui ont fui Minsk et le régime d’Alexandre Loukachenko, dirigeant autoritaire de la Biélorussie voisine, se retrouvent pour « continuer la lutte ».

« Soutenir nos frères restés là-bas »

Presque un an après l’élection d’août 2020, des milliers d’opposants ou de simples manifestants ont quitté le pays, pour éviter d’être arrêtés, mis en prison, voire torturés. « On se doit de continuer pour soutenir nos frères restés là-bas, affirme Kateryna, les mains attachées par un ruban rouge, pour symboliser toutes celles des nombreux prisonniers politiques. C’est plus dur pour eux que pour nous. Nous voulons leur montrer qu’ils ne sont pas seuls ».

Attirée par la proximité linguistique et géographique, cette jeune développeuse informatique de 29 ans raconte qu’elle a rejoint l’Ukraine en décembre 2020 pour éviter une arrestation. « Ici, on se sent soutenus par la population, regardez par vous-mêmes », abonde son mari Alexandre, dont la voix est couverte par les coups de klaxon amicaux d’automobilistes ukrainiens. L’Ukraine, qui partage près de 900 km de frontières avec la Biélorussie, est en effet en froid avec son voisin, allié de Moscou. Vendredi 2 juillet, Alexandre Loukachenko a même annoncé qu’il fermait totalement la frontière avec l’Ukraine pour cause de « contrebande d’armes ». Il n’y a dès lors plus de moyen de sortir du pays, sinon par la Russie.

Il est difficile de connaître le nombre exact de Biélorusses venus en Ukraine. Si les autorités les estiment à plusieurs milliers, ils seraient en fait plus de 150 000 entrées dans le pays, rien qu’entre août 2020, date de la réélection contestée du président Loukachenko, et janvier 2021. Des arrivées principalement légales, grâce à des invitations d’universités, d’entreprises, d’ONG ou d’instituts de santé. Après une accalmie, ces arrivées ont repris au printemps, selon plusieurs activistes interrogés, en réponse à une nouvelle offensive contre l’opposition et les médias.

Une peur instinctive d’être arrêté et battu

En retrait dans la manifestation, Aless Piletsky, grand gaillard de 40 ans en tenue kaki, photographie les manifestants, en veillant à ne montrer aucun visage. Ce photojournaliste couvre toutes les manifestations anti-Loukachenko à Kiev, malgré la peur instinctive d’être arrêté et battu, souvenir récurrent de son travail dans son pays. Aless est arrivé en Ukraine le 26 mai, après des perquisitions et arrestations dans son média, Tut.by, qui revendiquait plus de 20 millions de visiteurs par jour. « J’ai pris la décision en quelques heures, c’était dans l’urgence », se souvient-il.

Parti avec une petite valise et ses précieux disques durs remplis de dix mois d’archives – désormais historiques -, il a bien cru ne jamais pouvoir sortir du pays. Après trois billets d’avion Minsk-Kiev annulés au dernier moment, il a réussi à prendre un vol par la Géorgie.

Dans la foulée du détournement de l’avion qui a conduit, le 23 mai dernier, à l’arrestation du journaliste Roman Protassevitch, l’Union européenne a en effet fermé les lignes aériennes, empêchant les Biélorusses de rejoindre la Pologne ou la Lituanie, où nombre d’entre eux avaient jusque-là trouvé refuge. Début juin, Minsk a aussi limité le droit de ses citoyens de sortir du territoire, les passages aux frontières terrestres étant déjà réduits depuis la fin 2020.

De facto, l’Ukraine est devenu le dernier pays où se rendre de façon abordable pour les Biélorusses. « Il y a eu une nouvelle vague d’arrivées au printemps car c’était plus difficile de se déplacer, , confirme Palina Brodnik, coordinatrice de l’ONG Belarus Free Center. Les gens se sont rendu compte que si c’est dur maintenant, ce sera encore plus difficile plus tard ».

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