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vendredi, août 12, 2022

La Russie montre les muscles en mer Noire

Les Russes ont-ils tiré des coups de semonce contre un destroyer britannique ? C’est la question qui agite les experts militaires depuis quelques jours. Mercredi 23 juin vers midi, le bâtiment britannique HMS Defender passe au large du port de Sébastopol en Crimée, en chemin vers la Géorgie. Le navire reçoit rapidement « un avertissement que des armes seraient utilisées en cas de violation des frontières russes », selon Moscou, qui considère les eaux territoriales de Crimée comme les siennes depuis l’annexion de la péninsule en 2014.

Parole contre parole

Le destroyer britannique continue sa route et, en réponse, un navire de patrouille côtière russe tire « des coups de semonce » et un avion Su-24M effectue un « bombardement de précaution le long du parcours du destroyer », affirme le ministère de la défense russe. Une manœuvre extrêmement rare, que Londres dément.

Avec flegme, le ministère de la défense britannique affirme que ces tirs faisaient partie d’un exercice d’artillerie dont la communauté maritime avait été informée, ce que confirment des documents ukrainiens. « Aucun tir n’a été dirigé sur le HMS Defender et nous ne reconnaissons pas l’affirmation selon laquelle des bombes ont été larguées sur son passage », a ajouté le ministère. Un journaliste de la BBC présent à bord du navire a lui bien entendu des tirs.

S’ils ont réellement eu lieu, ce serait une première dans la région. Réels ou pas, ils témoignent selon les observateurs d’une montée des tensions entre Moscou et les Occidentaux. « En droit international, bien sûr, les eaux au large de la Crimée ne sont pas russes, car l’annexion n’est pas reconnue », explique sur Twitter le chercheur Mark Galeotti. « Continuer à traverser ces eaux – sans être trop provocateur – est un moyen crucial de réaffirmer la prévalence du droit sur l’accaparement des terres (et des mers) » pour les Britanniques, détaille-t-il.

« Démonstration de faiblesse »

Selon ce spécialiste de l’armée russe, la mission du HMS Defender était surtout politique, la Grande-Bretagne ayant peu d’intérêts directs en mer Noire. Le Royaume-Uni avait d’ailleurs signé un important accord de coopération avec l’Ukraine juste avant l’incident, stipulant que les deux pays allaient construire conjointement deux bases navales et plusieurs navires de guerre, une grande crainte de Moscou.

Cette démonstration de force de Moscou « est plus une démonstration de faiblesse que de puissance », estime l’expert militaire ukrainien Oleh Zhdanov, qui précise que la Turquie reste la puissance dominante dans la région. Une affirmation partagée par plusieurs spécialistes de la Russie. Avec cette manœuvre, « ils essayent de justifier le postulat selon lequel ils sont dominants en Mer Noire, alors que la présence constante de navires de membres de l’Otan et que les exercices militaires conjoints montrent qu’ils n’ont pas l’avantage », précise Oleh Zhdanov. L’incident intervient à quelques jours des manœuvres « Sea Breeze 2021 » impliquant les marines des États-Unis, de l’Ukraine et d’autres pays de l’Otan, et que Moscou ne voit pas d’un bon œil.

La mer Noire est « un autre lieu d’affrontement où la Russie, avec ses forces militaires, tente d’augmenter son poids politique sur la scène internationale », poursuit Oleh Zhdanov. Au printemps, la Russie avait mené dans la région plusieurs exercices terrestres, notamment en déployant plus de 100 000 soldats aux frontières ukrainiennes et en avril en Crimée.

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