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samedi, août 13, 2022

« Assimiler le voile au terrorisme fait le jeu du séparatisme »

La Croix : Quelles sont, à la veille de l’été, vos priorités pour les quartiers ?

Nadia Hai : En 2020, nous avions mis le paquet sur la lutte contre le décrochage scolaire et, après un confinement très strict, le dispositif « Quartiers d’été » apportait de la respiration aux jeunes. Cet été, l’objectif sera également d’accrocher les quartiers à la relance économique. À la suite de la crise financière de 2008, la reprise n’avait pas profité aux banlieues. Il est hors de question qu’elles soient tenues à l’écart.

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Nous allons développer le dispositif des cités éducatives, qui vont passer de 80 à 126 en septembre puis 200 début 2022, et celui des cités de l’emploipour accompagner les gens vers l’activité. On réunit tous les interlocuteurs du secteur autour d’une table – avec les entreprises pour ce qui concerne les cités de l’emploi – pour répondre vraiment aux besoins locaux. C’est un changement de méthode : arrêter de superposer des dispositifs, casser les silos pour faire travailler tout le monde ensemble.

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« Beaucoup d’argent pour peu de résultats », critiquent les contempteurs de la politique de la ville…

N.H. : La crise a pourtant bien montré l’importance de cette politique, son rôle social et d’accompagnement des habitants des cités. Et nous devons viser l’efficacité. Concernant les nouveaux dossiers « cités éducatives » que je m’apprête à labelliser, un tiers présente d’excellents projets. Un tiers nécessite des ajustements. Dans le dernier tiers, les copies sont à revoir parce qu’on n’est pas au niveau d’ambition demandé.

La politique de la ville se heurte parfois à un manque de volonté des élus locaux, surtout ceux proches de l’extrême droite. Prenons Béziers. Des quartiers y sont éligibles aux dispositifs que nous finançons mais le maire Robert Ménard ne présente aucun projet sérieux car il délaisse ces habitants. Nous travaillons avec les élus de toutes couleurs politiques mais la réalité, factuelle, est qu’il est impossible de le faire avec le Rassemblement national et ses cercles proches.

Comment rassurer le milieu associatif inquiet du projet de loi séparatisme ?

N.H. : C’est une loi nécessaire. Là où la République se retire, d’autres projets s’imposent. Toute ma tâche consiste à ce qu’une offre républicaine se redéploie sur tous les territoires pour contrer le discours séparatiste. On la fait vivre par des dispositifs et des moyens. Le budget de la politique de la ville a augmenté de 48 % en cinq ans. On aura 520 millions pour 2021, hors crédits de rénovation urbaine.

Que vous inspirent les propositions de la droite pour interdire le port du voile ?

N.H. : La banalisation de la violence par les mots concerne aussi les responsables politiques. Durant les débats à l’Assemblée sur le projet de loi séparatisme, on a entendu des personnalités LR comme Éric Ciotti ou Nadine Morano assimiler le port du voile au terrorisme. Il est devenu monnaie courante chez certains, à droite, de stigmatiser une partie de la population. Ce discours qui se radicalise est scandaleux et dangereux car cela fait le jeu des séparatismes.

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Non, le voile n’est pas synonyme de terrorisme et n’est pas toujours synonyme d’islam politique.Tout dépend du discours qui va avec. Il faut s’assurer du strict respect de l’ordre républicain, et veiller à la préservation des libertés individuelles, garantie par la loi de 1905.

Vous êtes originaire de Trappes, dans les Yvelines. Comment avez-vous vécu les remous provoqués par les propos d’un enseignant qui dénonçait l’islamisation de la ville ?

N.H. : J’ai alors été beaucoup sollicitée et j’ai refusé d’entrer dans une polémique qui est alimentée, des deux côtés, par une vision biaisée. Ce qui m’intéresse, c’est le fond. Oui, il y a des phénomènes minoritaires de séparatisme dans certaines banlieues. Le nier serait mettre en danger nos valeurs. Mais je ne laisserai pas dire que Trappes est un territoire perdu de la République. On ne saurait réduire cette ville de 32 000 habitants, dans laquelle je me rends tous les week-ends, à des phénomènes de séparatisme. Ces excès sont contreproductifs.

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