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mercredi, août 10, 2022

Un rapport en demi-teinte sur le féminicide de Hayange

Ce drame aurait-il pu être évité ? La même question revient après chaque homicide conjugal. Elle s’était posée de manière insistante après la mort de Stéphanie, une jeune femme de 22 ans tuée à coups de couteau, par son compagnon dans une rue d’Hayange (Moselle) dans la nuit du 23 au 24 mai 2021. Ce énième meurtre conjugal avait suscité une vive émotion et conduit le gouvernement à diligenter une enquête de l’Inspection générale de la justice et de l’Inspection générale de l’administration. « Aucun manquement professionnel ne peut être relevé », indiquent les deux instances dans un rapport, rendu public vendredi 2 juillet. Un rapport qui pointe toutefois un certain nombre de « signaux faibles » n’ayant pas été pris en compte

Des menaces et des injures

L’affaire, au départ, ressemble à des milliers d’autres. Stéphanie a 16 ans quand elle entame une relation avec un jeune homme de 18 ans. Deux ans plus tard, en mars 2017, une petite fille naît au sein du couple, qui va peu à peu dériver. Entre 2018 et 2020, la police intervient à de nombreuses reprises à la suite de disputes violentes. À chaque fois, dans ses mains courantes, Stéphanie fait état d’injures, de menaces mais ne dénonce pas de violences physiques. À deux exceptions : en mai 2019, elle signale une « bousculade » et des « jets de chaussures ». Puis, en juin 2020, elle parle de « coups » et d’un « jet de pierres » dans le dos.

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En novembre 2020, la jeune femme passe à un stade supérieur : cette fois, elle dépose plainte. Le motif ? Insultes et menaces de mort. « Je vais te tuer si tu vas chez les flics », lui a dit son compagnon. La plainte est recueillie par une gardienne de la paix du commissariat de Thionville. Une fonctionnaire « expérimentée », qui a suivi une formation en ligne consacrée aux violences conjugales. Pourtant cette plainte, au final, ne sera jamais transmise au parquet. La policière de Thionville n’a alors pas jugé opportun de solliciter l’avis d’un officier de police judiciaire.

À la mission d’inspection, elle a expliqué que, durant le dépôt de plainte, Stéphanie ne semblait pas, en apparence, ressentir de risque imminent et avait déclaré ne plus vivre avec son compagnon. Surtout, la policière a indiqué que cette plainte portait juste sur des menaces et non des violences physiques. À ses yeux, on n’était donc pas dans le registre des violences conjugales. Trois semaines après cette plainte, laissée sans suite, le compagnon de Stéphanie, est condamné à un an de prison pour délits routiers, port d’arme blanche et usage de stupéfiants. Il part en détention avant de bénéficier d’un aménagement de peine. Le 12 mai 2021, il sort avec un bracelet électronique, assigné au… domicile de sa compagne, qui a donné son accord.

Pas d’information de la justice

Pourquoi la justice a-t-elle pris cette décision ? Les magistrats de la cour d’appel de Metz, qui ont validé cette mesure, ont indiqué n’avoir jamais été au courant de la moindre difficulté relationnelle entre Stéphanie et son compagnon. Ce qui peut s’expliquer par le fait que jamais une seule main courante ou plainte n’a été transmise au parquet, et donc à la justice.

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L’autre interrogation concerne cette policière de Thionville qui a donc estimé que des menaces de mort n’entraient pas dans le champ des violences conjugales. À sa décharge, le rapport note que les directives, émanant à l’époque de la direction de la police nationale, n’étaient pas très explicites sur le sujet. Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, n’en est pas moins indignée. « C’est incompréhensible. Car même en 2020, tout fonctionnaire de police devait savoir la gravité extrême que représente pour une femme d’être menacée de mort par son compagnon. Et le fait qu’il s’agit là d’une violence conjugale à part entière », souligne-t-elle.

Sans lui en faire grief, le rapport note aussi une certaine « ambivalence » de la part de Stéphanie qui, tout en dénonçant les insultes et menaces de son conjoint, est aussi intervenue plusieurs fois en sa faveur auprès de la police. « L’attitude souvent déroutante de ce couple, aux confrontations suivies, parfois dans la foulée, de réconciliations a pu conduire à une banalisation de cette situation par les services de police », note le rapport. « Mais c’est méconnaître le mécanisme de la violence conjugale », observe Anne-Cécile Mailfert.

« Après des épisodes de dénigrement et de violences physiques, il y a souvent une phase de lune de miel où le monsieur se montre charmant. Avant de recommencer à être violent, poursuit-elle.Beaucoup de femmes se retrouvent prises dans une sorte de piège, espérant que tout va s’arranger. Certaines ont des scrupules à envoyer en prison celui qui est parfois le père de leur enfant. Bien souvent, aussi, c’est par peur des représailles que des femmes retirent leurs plaintes ou acceptent que leur conjoint revienne au domicile à la sortie de prison. »

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