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mercredi, août 10, 2022

le vote électronique, une piste critiquée contre l’abstention

L’abstention record aux élections départementales et régionales suscite bien des réflexions sur ce qu’il faudrait faire pour que les Français reprennent goût au vote. L’Assemblée nationale va même se pencher sur le sujet, son président, Richard Ferrand, ayant annoncé la mise en place d’une mission d’information.

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Parmi les pistes envisageables, l’une semble tenir la corde : le vote par Internet (ou vote électronique). Le délégué général de La République en marche, Stanislas Guérini, a fixé pour objectif dès le lendemain du second tour de le mettre en œuvre dès le prochain quinquennat. Selon un sondage Yougov pour le HuffPost, 67 % des Français y seraient favorables.

À Neuilly, le vote électronique dès septembre

Le maire de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Jean-Christophe Fromantin, a saisi cette actualité pour annoncer le lancement, en septembre 2021, d’un outil de vote électronique dans sa commune. Cette plateforme servira d’abord à des consultations locales. « Chaque mois, les habitants pourront voter sur deux sujets : la programmation des cinémas et les achats de livres par les bibliothèques », explique le maire, qui entend se diriger ensuite vers des sujets « plus sensibles » comme les projets de travaux publics. Pour, à terme, le proposer aux élections.

À travers cette démarche progressive et « des votes dont ils verront l’impact tout de suite », Jean-Christophe Fromantin espère recréer progressivement un intérêt pour le vote. Il insiste sur la sécurité d’un tel outil, développé en partenariat avec l’association Electis, qui utilise la technologie blockchain – une première.

Des problèmes de sécurité et de confidentialité

S’il a des airs de solution miracle, le vote par Internet est pourtant loin de faire l’unanimité. De nombreux travaux de recherche mettent en avant des problèmes de sécurité, précisément. En jeu, en particulier : la sincérité du vote (le fait que chaque électeur vote librement et sans contrainte) et sa confidentialité.

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En décembre 2020, un consortium d’universitaires belges, coordonné par le professeur de l’Université libre de Bruxelles Jean-Benoît Pilet (spécialiste des systèmes électoraux), a analysé plusieurs exemples étrangers. « Tous les systèmes étudiés offrent une confidentialité relativement limitée, peut-on lire dans le rapport de ces chercheurs. Une personne présente pendant le vote ou un spyware (logiciel-espion, NDLR) déployé sur la machine du votant sont tous en mesure de violer le secret du vote. Ceci permet une vente de vote ou une coercition des électeurs relativement facile. » Ce rapport très détaillé juge « impensable » de mettre en place le vote électronique en Belgique dans les prochaines années, estimant que « les garanties ne sont pas suffisantes » et que « la transparence et la vérifiabilité de la procédure ne peuvent être garanties ».

Ces réserves valent aussi pour le recours à la blockchain, une technologie réputée très difficile à pirater. « La blockchain ne résout pas le problème », explique pourtant Chantal Enguehard, chercheuse en informatique à l’université de Nantes, autrice d’un article sur le sujet. « Elle n’empêche pas que le vote d’un électeur sur son ordinateur ou son smartphone soit modifié avant d’être envoyé. Elle ne résout pas non plus le problème d’une possible fuite de données, c’est-à-dire qu’une copie du vote puisse être envoyée à une tierce personne. »

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Autre problème soulevé : la conservation des bulletins de vote électronique. « Après chaque élection, les bulletins de vote doivent être détruits. Or, le principe de la blockchain est que les données sont stockées sur plusieurs serveurs. Il y en a donc de multiples copies, il est impossible de les détruire toutes. » Avec le risque qu’on puisse, un jour, exhumer des bulletins de vote des années après une élection. Très critique, Chantal Enguehard assure que « le vote par blockchain ne résout aucun des problèmes du vote par Internet et ajoute une couche de complexité ».

Une efficacité marginale contre l’abstention

Enfin, l’outil n’a pas fait ses preuves en matière de lutte contre l’abstention. En Estonie, pays pionnier en la matière, la participation aux élections législatives n’a progressé que de 6 % entre son instauration en 2007 et 2015, avant de reculer lors du dernier scrutin, en 2019. Quant aux élections consulaires françaises, les seules où le vote électronique est possible, elles n’ont recueilli en mai 2021 qu’une participation de 15,06 %, en baisse de 1,5 point.

« Bien sûr, ce n’est qu’un vecteur », concède Jean-Christophe Fromantin, qui fait valoir que son initiative est une « expérimentation » et qu’elle ne vaut pas seulement par sa dimension technologique, mais aussi par les sujets soumis aux habitants. Quant à la sécurité, il rappelle que le vote traditionnel a aussi connu son lot d’irrégularités, bourrages d’urnes ou bulletins falsifiés. « Le vote, par principe, n’est jamais sécurisé à 100 %, estime ce dernier. Avec un tel taux d’abstention, on ne peut pas se permettre de ne pas explorer cette voie. »

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