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vendredi, août 12, 2022

L’Italie sous le choc après des images de détenus passés à tabac

Sous les néons du bâtiment 2, une vengeance brutale s’abat sur des prisonniers. Ils avancent au milieu de gardiens, massés en rang d’oignons dans un corridor. Ils n’ont que leurs mains pour se protéger le crâne. S’ils ont le malheur de s’arrêter, les coups de poing et de matraque redoublent de vigueur. Un prisonnier dans un fauteuil roulant est également matraqué de dos. C’est ce que montrent les images des caméras de surveillance de la prison Francesco Uccella, à Santa Maria Capua Vetere, près de Naples, rendues publiques, mardi 29 juin, par le quotidien Domani.

Les faits remontent au 6 avril 2020, et ne sont pas le fruit du hasard. Ce déchaînement de violence a été organisé, planifié, d’après l’enquête en cours. « Demain clé à molette et pioche à la main, on les abat comme des veaux », a ainsi écrit un surveillant par texto. En tout, près de 300 agents pénitentiaires sont impliqués, dont la moitié est rattachée à d’autres centres de la région. Ceux-là ont fait le déplacement à Santa Maria Capua Vetere pour prêter main-forte à leurs collègues et punir les détenus, coupables d’avoir mené une révolte, la veille, pour dénoncer leurs conditions de vie.

En représailles de mutineries

Les centres de détention italiens sont en effet frappés par l’épidémie de Covid-19, qui claquemure un peu plus les détenus et les expose au virus qui traumatise l’Italie. « Ils voyaient passer à la télévision des consignes de mesures sanitaires qu’eux ne pouvaient pas respecter. Comment se tenir à un mètre de distance quand les prisons sont surpeuplées ? », interroge Claudio Paterniti Martello, chercheur et membre du directoire d’Antigone, une association spécialisée sur les questions carcérales.

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Le 5 avril 2020, en pleine crise sanitaire majeure dans le pays, un des détenus, chargé de distribuer les repas aux autres, est testé positif au Covid-19, déclenchant une mutinerie inédite dans la prison, qui se répand dans plusieurs dizaines de centres à travers le pays. L’association assure détenir les preuves de violences comparables dans trois autres prisons à la même période.

Dès le lendemain des incidents de Francesco Uccella, l’association Antigone a reçu des lettres et des messages en ligne de femmes de détenus. Une enquête s’est ouverte, les vidéos de surveillance ont été réquisitionnées. « Les gardiens savaient qu’ils étaient filmés tout du long, et ça ne les a pas empêchés de commettre ces tortures. Ça montre à quel point il existe une culture de l’impunité dans les prisons italiennes, juge Claudio Paterniti Martello, selon qui l’administration a tenté d’empêcher la justice de mettre la main sur les extraits vidéos. C’est révélateur d’un esprit de corps, qui empêche l’émergence de la responsabilité individuelle : on protège celui qui a mal agi. »

Une enquête ouverte pour « torture »

Cinquante-deux surveillants et membres de l’administration pénitentiaire ont été arrêtés et suspendus. Une centaine d’individus seulement est visée par l’enquête pour torture, mauvais traitements aggravés causant des blessures multiples et abus de pouvoir sur les quelque 300 agents présents ce jour-là. Les autres sont passés entre les mailles du filet de la justice, la présence sur leur tenue de leur matricule n’étant pas obligatoire en Italie, et leur visage étant couvert par un masque chirurgical.

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Ces images violentes ont choqué l’Italie. Et, selon la procureure Maria Antonietta Troncone, un des détenus se serait suicidé quelques semaines plus tard, traumatisé par cette soirée du 6 avril 2020. La garde des Sceaux italienne, Marta Cartabia a annoncé avoir commandé un rapport sur l’état des prisons en Italie après visionnage, « la gorge serrée », de la vidéo.

Pour le syndicat pénitencier Osapp, « il n’est pas juste de dire que c’est la faute des collègues, sans chercher ailleurs (…) Santa Maria Capua Vetere est le symbole et l’exemple de ce qui se passe en laissant le personnel abandonné à lui-même. »

Cette position divise l’Italie, y compris au sein même de la large coalition gouvernementale formée en début d’année autour de Mario Draghi. Le Mouvement 5 Étoiles est éclaboussé par cette affaire, le ministre de la justice de l’époque étant issu de ses rangs. Plusieurs personnalités du Parti démocrate ont demandé des comptes à l’administration pénitentiaire, alors que l’ancien ministre de l’intérieur Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), dans l’opposition à l’époque mais censé soutenir l’actuelle coalition, s’est rendu jeudi 1er juillet à Santa Maria Capua Vetere pour apporter son soutien « à tous les surveillants de prison ».

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