©Copyright » Politique de confidentialité » ✆Contacts

dimanche, août 7, 2022

Pourquoi est-ce si difficile de parler à la Russie ?

À peine lancé et déjà enterré. Débattu par les Vingt-Sept États membres de l’Union européenne (UE), le projet de sommet européen avec le président russe Vladimir Poutine s’est heurté à l’opposition des pays Baltes, de la Pologne, de la Suède et des Pays-Bas. « Il est trop tôt parce que jusqu’à présent, nous ne voyons pas de changement radical dans le comportement de Vladimir Poutine », a justifié le président de la Lituanie, Gitanas Nauseda. « S’engager sans aucune ligne rouge, sans aucune condition préalable, serait un très mauvais signal. »

Conseil européen : faut-il organiser un sommet UE-Russie ?

À l’origine du projet, la France et l’Allemagne ont déploré l’incapacité de l’Union européenne à renouer le dialogue avec la Russie, là où les États-Unis ont réussi à rouvrir des voies diplomatiques avec leur rival historique. « Le président des États-Unis a rencontré Vladimir Poutine (la semaine dernière, NDLR) pour un entretien sérieux sans que cela donne l’impression que ce soit une récompense pour le président russe », s’est désolé la chancelière allemande Angela Merkel. « Une UE souveraine, à mon avis, devrait également être en mesure de représenter les intérêts de l’UE dans une conversation similaire. »

Le lourd passif des pays réfractaires avec Moscou

Pour les six pays réfractaires, la Russie représente une menace directe. Ces dernières années, les cyberattaques attribuées à Moscou se sont multipliées. « L’histoire des pays Baltes comme de la Pologne reste profondément marquée par l’empreinte soviétique », souligne également Carole Grimaud Potter, analyste géopolitique, spécialiste de la Russie et des espaces post-soviétiques. Il faut dire que la Russie tente depuis plusieurs années de« reconquérir la population russophone des pays Baltes par le soft power, ce qu’ils vivent comme une menace ».

Moscou veut entraver les ambassades des pays « inamicaux »

Difficile, dans ce cadre, d’envisager des pourparlers apaisés avec Moscou. « Ils considèrent que leur sécurité est mieux assurée par un lien étroit avec les États-Unis au travers de l’Otan que ne le feraient une nouvelle architecture de sécurité européenne et le dialogue », éclaire Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie et chercheur à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (Iris) (1).

Désaveu pour l’Europe des 27

Leur opposition creuse un peu plus les divisions au sein des Vingt-Sept sur la question russe. Les deux camps ne se sont pas retrouvés autour de la table depuis 2014 et l’annexion de la Crimée par la Russie. Depuis, la diplomatie a laissé la place à la politique des sanctions et contre-sanctions. Ces derniers mois ont été marqués par des renvois massifs d’ambassadeurs européens et russes.

Union européenne : les Vingt-Sept en quête d’une stratégie face à la Russie

Moscou dit regretter le refus européen d’entamer le dialogue. Mais que l’issue de la concertation ait été positive ou négative, « la Russie sortait gagnante dans tous les cas », estime Carole Grimaud Potter. « Ce n’est pas un drame du tout », a essayé de temporiser Emmanuel Macron, pour qui l’idée a au moins progressé dans les couloirs de Bruxelles. « Je me félicite que nous soyons sortis de la logique purement réactive à l’égard de la Russie », a-t-il déclaré.

Autres articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici