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dimanche, août 7, 2022

Aux assises de Nouméa, le bourreau de Corinne, 18 ans, condamné à perpétuité

Le 8 août 2019, Maurice Sitrita, 21 ans, n’acceptant pas d’être quitté par Corinne Wajoka, tuait la jeune fille dans un déchaînement de violence inouï.

Il ne voulait pas qu’elle le quitte, alors le soir du 8 août 2019 Maurice Sitrita, «jaloux et violent», a défiguré puis étranglé la «gaie et sérieuse» Corinne Wajoka. La cour d’assises de Nouméa l’a condamné vendredi 2 juillet à la réclusion à perpétuité, assortie de 22 ans de sûreté, au-delà des réquisitions.

«Corinne, ni oubli, ni pardon», pouvait-on lire en majuscules rouges sur les murs du tribunal de la capitale calédonienne, à l’occasion de ce procès retentissant, tenu devant une salle comble. «C’était un dossier d’une violence et d’une cruauté exceptionnelles envers une jeune fille pleine de qualités, qui n’avait que 18 ans», a déclaré Maître Denis Milliard, avocat des parents de la victime, saluant «le courage des jurés». À l’énoncé du verdict, Maurice Sitrita, traits harmonieux et fine barbe, qui n’a rien nié des faits, a accueilli sa peine, la plus lourde encourue, sans un cillement, comme une fatalité.

Dans la nuit du 8 au 9 août 2019, dans un bois en lisière de plage au Vallon Dore (périphérie de Nouméa), le jeune homme alors âgé de 21 ans a roué Corinne de coups de pied et de coups de poing, lui a fracturé le front, la mâchoire, l’orbite puis ce pratiquant de boxe thaï lui a «fait une clé» et l’a étranglée.

Auparavant, lors d’un rapport sexuel, il lui a entaillé le sexe avec ses ongles de guitariste. «On sait très bien qu’il l’a forcée», a tonné l’accusation, rappelant que Corinne venait de décider de rompre.

«Il frappait tout le temps, pour rien, même quand elle dormait»

Le corps de la jeune fille a été retrouvé le lendemain, caché sous des branchages, par des promeneuses, tandis que «Momo» avait déjà gagné Lifou, son île natale, où il a été rapidement appréhendé. À la vue des gendarmes, il s’était infligé des coups de couteau au thorax, faisant croire ensuite «à un désir de mourir ensemble» avec Corinne.

«J’ai identifié ma fille, elle était méconnaissable. Elle avait peur de lui, elle était son jouet, sa chose», a témoigné en larmes sa mère, Marie, vantant les qualités de sa fille «volées par la méchanceté de l’homme».

Les débats ont mis en lumière la personnalité joyeuse, pieuse et appliquée au lycée de Corinne, jusqu’à sa rencontre en mai 2017 avec Maurice, indemne de pathologie mentale comme a conclu une experte psychiatre, intelligent mais violent et maladivement jaloux. «Elle me disait que si elle le quittait il allait la tuer. Il frappait tout le temps, pour rien, même quand elle dormait. J’ai vu les bleus, les morsures sur sa poitrine, son dos», a confié à la barre sa meilleure amie, Urarii Taputo. «Il l’espionnait, elle n’avait plus de vie».

Hausse des violences conjugales dans l’archipel

«C’est vrai. J’ai manqué de discernement», a avoué Maurice, dont l’itinéraire a été marqué par la séparation conflictuelle de ses parents et le suicide par pendaison de son frère aîné en 2016.

Lors de son réquisitoire, l’avocat général Christian Pasta, qui a totalement exclu la thèse d’un «pseudo-suicide en commun», a évoqué une affaire «aussi simple que ça»: «Elle lui dit : je te quitte. Il répond : je te tue». Christian Pasta, qui a requis 25 ans d’emprisonnement, avec une peine de sûreté des deux tiers (16,5 ans), a aussi qualifié Corinne «de figure emblématique des violences conjugales en Nouvelle-Calédonie, territoire champion de France», avec un taux quatre fois supérieur à la Métropole. «Ici, les femmes sont battues comme plâtre, ça suffit!», a-t-il asséné.

Face à des faits implacables, Maître Julien Marty, avocat de l’accusé, a axé sa défense sur «la chaîne de silences qui a conduit» à ce drame, évoquant notamment la direction du lycée ou les gendarmes que la mère de Corinne était allée voir. «Corinne, c’est aussi le symbole de l’indifférence générale et du manque de réaction des autorités», a-t-il déploré.

La hausse des violences conjugales dans l’archipel traduit aussi une libération de la parole autour de ce tabou, particulièrement sensible dans la population kanak. «J’espère qu’il y aura un avant et un après Corinne. On doit surpasser cette omerta», a confié à l’AFP une mère de famille, présente aux assises.

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