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mercredi, août 10, 2022

Venise échappe au couperet de l’Unesco et se prépare à de grands chantiers

Un grand soulagement pour les autorités italiennes, mais le début d’un chantier jamais vu dans la Sérénissime. Jeudi 22 juillet, Venise l’a échappé belle, à deux doigts d’être inscrite sur la liste du patrimoine mondial en péril de l’Unesco. Réunis à Fuzhou, en Chine, les 21 pays membres du comité du patrimoine mondial de l’organisation ont finalement accordé un peu de répit à l’Italie. La menace d’un déclassement du site avait poussé, mi-juillet, Rome à publier en urgence un décret d’interdiction aux gros navires de croisière – de plus de 25 000 tonnes – d’emprunter les deux canaux celui de la Giudecca et de San Marco, à parti du 1er août.

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Sur place, l’idée d’une Venise dégradée de son rang de joyau du patrimoine mondial inquiétait. « Cette liste de l’Unesco n’intéresse que l’Unesco, réagit un Vénitien agacé joint par téléphone. Ils décident ça depuis leurs grands bureaux, mais que connaissent-ils de Venise ? Notre patrimoine, nous le défendons. » « Bien sûr que c’est un élément de fierté pour l’Italie qui était en jeu, estime la secrétaire générale d’Europa Nostra, Sneska Quaedvlieg-Mihailovic, l’une des intervenantes de la réunion du comité de l’Unesco. Mais Venise et sa lagune sont, sans aucun doute, le site le plus menacé en Europe. »

La lagune toujours menacée

Une nouvelle échéance attend Rome, qui devra rendre avant le 1er décembre 2022 un état des lieux de ses efforts mis en œuvre pour sauvegarder la ville. Un ensemble de mesures « correctives » et un calendrier devront aussi être transmis au comité de l’Unesco avant sa réunion, en 2023.

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« Lorsqu’on ne verra plus les images des navires, on pensera que le problème est résolu, s’inquiète Sneska Quaedvlieg-Mihailovic. Il faut bannir définitivement l’entrée de tout navire dans la lagune. Les faire débarquer dans le port de Marghera (dans la partie nord de la lagune, option choisie par Rome en attendant la construction d’un nouveau terminal d’ici quelques années, NDLR) n’est pas une solution, nous craignons que cela ne devienne permanent. »

Érosion sous l’effet des vagues des navires

Le dossier vénitien n’est pas nouveau. Déjà attaquées par le phénomène de l’acqua alta, les fondations de la Cité des doges s’érodent sous l’effet des vagues des navires déposant des hordes de touristes participant peu à son économie. D’après une étude du Boston Consulting Group, seulement 7 % des 27 millions de touristes ayant visité Venise en 2019, étaient passagers de l’une de ces croisières.

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« Venise fait face à des problèmes endogènes : tourisme de masse, notamment avec la présence de bateaux de croisière, la diminution constante de la population, projets de développement et de construction non déclarés, problème de gouvernance et de gestion. Mais aussi le changement climatique avec comme conséquences les inondations et l’élévation du niveau de la mer, et l’impact sur l’écosystème vulnérable de la lagune, liste Ernesto Ottone, sous-directeur général de l’Unesco pour la culture, interrogé par La Croix peu avant la décision de l’Unesco. L’Italie n’avait pas jusque-là démontré sa capacité à améliorer l’état de conservation de Venise, malgré les efforts engagés. »

« L’attention du monde doit rester forte »

Plusieurs experts réclament un plan global de restauration, mais surtout des investissements dans la cité, longtemps gérée comme un musée à ciel ouvert. « Venise n’est pas seulement un endroit où il y a des œuvres d’art, elle ne peut pas vivre que du tourisme, juge Fabio Moretti, président de l’Académie des Beaux-Arts. Les gens quittent la ville. C’est là, la plus grande menace qui pèse sur nous. » Un des projets soutenus par les autorités pour relancer la ville hors du tout-tourisme serait d’en faire un modèle de « capitale mondiale de l’économie durable ». Un objectif ambitieux, qui nécessite des financements énormes.

Jeudi 22 juillet, le ministre italien de la culture Dario Franceschiniappelait d’ailleurs à maintenir « l’attention du monde sur Venise ». De son côté,Sneska Quaedvlieg-Mihailovicestime que « le faible budget de l’Unesco ne changera pas grand-chose. Pour financer un plan holistique, à long terme, sur l’avenir de la ville, il faut que l’Union européenne aide financièrement l’Italie. Car que serait l’Europe sans Venise ? »

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