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mercredi, août 10, 2022

à Metz, cet autre théâtre de la guerre d’Algérie

23 juillet 1961. La guerre d’Algérie se vit aussi sur le territoire français. À Metz, comme ailleurs en Lorraine où les ouvriers algériens sont nombreux, les tensions sont vives. Entre Algériens, à l’époque de nationalité française, sommés de choisir leur camp dans la lutte à distance pour l’indépendance, et avec les forces de l’ordre. Le 1er régiment de chasseurs parachutistes vient d’arriver dans cette ville de garnison, sanctionné pour avoir participé au putsch des généraux, le 21 avril, à Alger.

Dans un dancing, comme la veille, une bagarre dégénère entre militaires et Algériens. Deux soldats sont tués. Alors toute la nuit, en représailles, 300 paras sillonnent la ville pour traquer et brutaliser la communauté nord-africaine, notamment dans le quartier du Pontiffroy, où logent dans des conditions précaires quelque 2 000 Algériens.

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Bilan de la gendarmerie : quatre morts (deux parachutistes, le barman du dancing et un « Français de souche nord-africaine », est-il écrit), 28 blessés. Mais certaines sources, comme la Ligue des droits de l’homme mosellane, évoquent déjà, à l’époque, jusqu’à 100 blessés.

Après cette nuit, « on parlait tout bas »

Halima (1), 66 ans, s’en souvient comme si c’était hier. « J’avais huit ans. D’anciens voisins ont été lynchés. Le lendemain, j’ai lu le journal à mes parents, analphabètes. Ils étaient terrorisés. » Les Algériens, dans les mois suivants, se terrent. « On parlait tout bas, on craignait de sortir, on s’est mis à avoir peur des Français et de tous les militaires, alors que les fautifs étaient surtout les anti-De Gaulle. » Après l’indépendance, en juillet 1962, tous ont voulu tourner la page, et le traumatisme a été enfoui. « Le sujet est resté tabou, même moi, je n’en ai pas parlé à mes enfants, confie Halima. Je témoigne aujourd’hui parce que c’est important de savoir ce qui s’est réellement passé, y compris au sein de la communauté algérienne. Il faut crever les abcès. »

Connaissance historique des déclinaisons de la guerre d’Algérie sur le sol Lorrain, hommage aux victimes, reconnaissance de toutes les mémoires et projection vers l’avenir sans esprit de revanche… C’est tout le travail que mène depuis cinq ans le « Collectif Juillet 1961 ». Ce vendredi 23 juillet, date anniversaire des 60 ans de la « Nuit des paras », il déposera des gerbes sur les lieux symboliques où sont mortes les victimes des deux côtés. Samedi, l’historienne Raphaëlle Branche présentera son livre Papa qu’as-tu fait en Algérie ?

Un climat politique « propice »

« Nous essayons d’aller à contre-courant des stéréotypes, de maintenir la complexité des débats et de nous tourner vers l’avenir. Il y a des mémoires diverses de la guerre d’Algérie et, chez chacun, des parcours de souffrance et d’exil. Nous ne cherchons ni à raviver les plaies ni à trouver un équilibre, ce qui serait impossible », explique Sélima Saadi, à l’initiative de ce collectif qui regroupe des Franco-algériens, des descendants de pieds noirs, des militants de l’association A4CG (Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre) et de simples citoyens.

Mais l’histoire de cette sanglante nuit messine devrait interpeller au-delà. « Elle est encore méconnue au plan national, commence Lucas Hardt, historien spécialiste de cet épisode. Or s’il ne s’agit pas d’un massacre comme celui du 17 octobre 1961 à Paris, il ne faut pas non plus la prendre comme un simple fait divers. Occulter le contexte colonial et la guerre d’Algérie, comme si elle n’avait pas eu de déclinaisons en métropole, serait une erreur. » Pendant quatre heures cette nuit-là, souligne-t-il, ni la police ni la gendarmerie n’ont eu la moindre réaction : « Cela faisait cinq ans à l’époque, qu’ils recevaient des ordres pour accroître la pression sur les Algériens. Le maire de Metz, Raymond Mondon, soutenait avec enthousiasme l’Algérie française. Le climat était propice. »

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Le massacre du 17 octobre 1961

Le contexte : le 17 octobre 1961, 20 000 Algériens manifestent à Paris contre le couvre-feu décidé par le préfet de police de la Seine, Maurice Papon, à l’encontre des « travailleurs musulmans algériens ».

Les faits :dans la foulée, des manifestants sont arrêtés, torturés, assassinés. Le bilan, discuté, pourrait monter à 250 victimes.

La reconnaissance : une plaque est apposée par la Mairie de Paris en 2001. En 2012, François Hollande déclare que « la République reconnaît avec lucidité ces faits ». Emmanuel Macron, qui a déjà appelé à « regarder en face ce passé », pourrait s’exprimer lors du 60e anniversaire, le 17 octobre prochain.

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