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samedi, août 13, 2022

En Pologne, compromis autour de la nomination du nouveau défenseur des droits

C’est une nomination qui sonne comme un « Stalingrad du PiS » notait, jeudi 22 juillet, le journal de gauche Gazeta Wyborcza en référence au célèbre épisode de la Seconde guerre mondiale. Une défaite du parti ultraconservateur au pouvoir, incompréhensible tant le PiS (Droit et justice) a l’habitude d’être en position de force en Pologne.

Mercredi, après six échecs, et des mois de blocages, le Sénat a approuvé par consensus (97 voix sur 100), la nomination de Marcin Wiacek au poste de médiateur des droits. Jusque-là, l’opposition se livrait à un bras fer avec le PiS autour de ce poste stratégique, l’un des derniers à ne pas être tombé sous la férule du pouvoir, malgré les tentatives des nationalistes d’y placer des candidats complaisants. Au point que l’ancien titulaire, Adam Bodnar, a été contraint de dépasser le terme de son mandat, faute de remplaçant.

Un bras de fer intenable

« La position du PiS était intenable au vu de la pression mise par l’Union européenne, décrypte Georges Mink, titulaire de la chaire de civilisation européenne au Collège d’Europe et grand connaisseur de la Pologne. Les Polonais attendent l’argent frais du plan de relance européen post-Covid. Les politiques du PiS ont annoncé un « new deal » qui leur assurerait la réélection aux prochains scrutins et ils doivent se plier aux exigences de Bruxelles pour l’obtenir. » Mardi, le rapport annuel de l’Union européenne sur l’état de droit épinglait la Pologne pour des menaces envers l’indépendance des juges et la liberté d’expression.

→ À LIRE. Pologne : au parlement, la bataille du défenseur des droits

Si le profil retenu ne plaisait pas au PiS, Marcin Wiacek est cependant loin d’être un militant. Cet ancien avocat des cours constitutionnelle et administrative polonaises, a déclaré d’emblée, dans l’adresse qui a suivi sa nomination, sa volonté de « soutenir la primauté de notre constitution sur tous les accords internationaux. » Entre les lignes, le nouveau défenseur des droits prend position sur les bisbilles entre la Pologne et l’Union européenne, choisissant le camp du gouvernement de Varsovie, qui refuse les injonctions de la justice européenne.

« Un travailleur de l’ombre »

Mais en homme de compromis, il a cependant prévenu que le pouvoir devrait respecter la décision récente de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), qui dénonce le nouveau système disciplinaire imposé aux magistrats par le PiS. Autre signal du rôle qu’il compte jouer, il a prévenu qu’il ne reviendrait pas sur la décision de son prédécesseur d’interrompre le rachat de l’éditeur de presse Polska Press par un groupe pétrolier proche du pouvoir, au nom de l’indépendance des médias.

À la tête du département des droits de l’homme à l’université de Varsovie, comme Adam Bodnar avant lui, Marcin Wiacek est apprécié pour sa « droiture rare, note un de ses collègues de la faculté de droit. Il colle parfaitement avec ce poste qui, par principe, est neutre, tout en ayant une sensibilité sur les droits humains. » À peine nommé, il annonçait mercredi que ses dossiers les plus urgents seraient consacrés aux « marginalisés », les pauvres et les personnes transgenres, dont les droits et libertés doivent être protégés, a-t-il dit.

« Son style sera différent, assure Jakub Jaraczewski, coordinateur de recherche auprès de l’ONG Democracy Reporting International. Là où Bodnar travaillait avec les ONG, était très dans le plaidoyer et attirait l’attention des médias, Wiacek a un profil d’universitaire plus réservé. C’est un travailleur de l’ombre qui convient bien à son rôle. »

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