©Copyright » Politique de confidentialité » ✆Contacts

mercredi, août 10, 2022

Le port de Liverpool rayé de la liste du patrimoine mondial, quelles conséquences ?

► Pourquoi le port de Liverpool a-t-il perdu son inscription ?

C’est un geste fort que l’Unesco a posé, mercredi 21 juillet, en retirant le site « Liverpool-port marchand » de la Liste du patrimoine mondial. Le site y était inscrit depuis 2004, en raison de la valeur exceptionnelle universelle (VUE) reconnue à son front de mer et ses docklands, témoignage du rôle pionnier de la cité dans la culture marchande maritime allant du XVIIIe au début du XXe siècle.

Le site figurait toutefois depuis 2012 sur la liste du patrimoine en péril. Non en raison d’un défaut d’entretien, mais parce que l’Unesco l’estimait gravement menacé par des développements urbains et immobiliers. Le projet immobilier Liverpool waters, validé par le gouvernement et les autorités locales, a entraîné la construction de buildings de grande hauteur « qui modifient complètement le paysage historique de la zone inscrite et entraîne une perte d’authenticité et d’intégrité du bien », précise Isabelle Anatole Gabriel, chef du patrimoine européen au Centre de patrimoine mondial. Le projet de construction du nouveau stade de foot de la ville, au nord des docks, était aussi dans le collimateur du Comité du patrimoine mondial.

→ COMPRENDRE. Comment entrer au patrimoine mondial de l’Unesco ?

Réuni pour sa 44e session annuelle à Fuzhou (Chine), le Comité du patrimoine mondial, organisme intergouvernemental souverain chargé du respect de la Convention pour la protection du patrimoine mondial de 1972, a pris acte de la dégradation du site « C’est un jour de grande tristesse, car cette décision valide la perte d’un patrimoine appartenant à l’humanité mais aussi aux générations futures », commente Isabelle Anatole Gabriel.

Par le passé, seuls deux sites ont fait l’objet d’une telle sanction : le sanctuaire de l’oryx arabe (Oman) en 2007 – ouvert au public dix ans plus tard – et la vallée de l’Elbe à Dresde (Allemagne) en 2009.

Désireux de se tailler une place de choix dans l’écotourisme, le sultanat d’Oman a décidé d’ouvrir au public un sanctuaire réservé à l’une des créatures les plus célèbres du désert: l’oryx blanc d’Arabie #AFPpic.twitter.com/xMNgE6hbOU

— Agence France-Presse (@afpfr) December 24, 2017► Quelles seront les conséquences pour Liverpool ?

Cette décision n’a que des conséquences symboliques. Fonctionnant comme un label, l’inscription signale la qualité patrimoniale exceptionnelle d’un site et a de forts effets sur son d’attractivité touristique et son développement urbain. Le retrait lui ôte cette reconnaissance internationale. Il n’a aucune conséquence financière ou juridique pour les responsables locaux et nationaux, qui se soumettent librement au moment de la candidature d’un site puis une fois le label obtenu, aux critères de l’Unesco.

Mercredi, les autorités locales et nationales britanniques ont cherché à minimiser l’impact de cette décision. « Nous estimons que Liverpool mérite toujours son statut de patrimoine mondial étant donné le rôle important qu’ont joué les docks dans l’histoire et la ville plus largement », a réagi un porte-parole du gouvernement. Il n’empêche, le préjudice d’image sera important. « La grande lisibilité du label accordé par l’Unesco est sa force. Il offre un code, un cadre mais aussi une reconnaissance collective, évalue Lionel Prigent, professeur d’urbanisme à l’Université de Bretagne occidentale (UBO). Une autorité locale ne peut prétendre se donner à elle-même cette reconnaissance. L’Unesco fournit cette audience à l’échelle mondiale. »

► La ville peut-elle espérer récupérer son label ?

C’est peu probable. La sanction intervient après dix ans d’échanges, de missions d’experts et de recommandations, qui n’ont pas abouti. Elle vient donc plutôt solder le désaccord entre l’Unesco et les autorités britanniques. « Étant donné l’irréversibilité des pertes, il paraît difficile d’imaginer que la ville puisse récupérer son label », estime Isabelle Anatole Gabriel. Il n’existe pas de procédure d’appel pour contester cette décision. Si la ville souhaite retrouver son inscription, il lui faudrait poser un nouveau dossier de candidature, en définissant un nouveau périmètre préservé.

► Quelles sont les conséquences pour les autres sites inscrits ?

Avec cette décision, le Comité du patrimoine mondial lance un clair avertissement aux responsables des autres sites inscrits sur la liste du patrimoine en péril – 52 dans le monde à ce jour -, indiquant qu’il est prêt à sanctionner le non-respect des dispositions de protection et de conservation des sites.

Pour Lionel Prigent, ce geste pourrait aussi indiquer un changement d’époque. « Dans les premières années, l’inscription sur la liste du patrimoine mondial permettait de répertorier les merveilles du monde, représentatives du génie humain. Ensuite, parallèlement à l’essor du tourisme mondial, la liste a gonflé, enflé, accueillant des villes cherchant à disposer de tous les indicateurs leur permettant de se hisser au niveau des grandes métropoles mondiales. Cela a engendré un mouvement de marketing territorial exacerbé, une croissance de la valeur immobilière de ces villes et, du coup, des inégalités urbaines, explique l’enseignant. On peut considérer que cette décision de l’Unesco va freiner cette “mise en marque” des villes. Sans le faire exprès, elle est convergente avec les réflexions de certaines métropoles, comme Paris ou Barcelone, sur la ville durable et inclusive et la recherche d’un autre type de tourisme. »

Autres articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici