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mercredi, août 10, 2022

À Chypre, Recep Tayyip Erdogan prône une solution à deux États

En visite sur l’île pour le 47e anniversaire de l’invasion de Chypre par la Turquie, le président turc Erdogan, s’est exprimé sur son souhait que celle-ci soit divisée en deux États. Depuis son invasion par l’armée turque en 1974, en réaction à un coup d’État de nationalistes chypriotes-grecs qui souhaitaient la rattacher à la Grèce, Chypre est divisée entre la République de Chypre – membre de l’Union européenne – qui exerce son autorité au sud, et la République turque de Chypre-Nord (RTCN) autoproclamée en 1983, uniquement reconnue par Ankara.

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« Nul progrès dans les négociations ne peut être fait sans accepter qu’il y a deux peuples et deux États (…) Nous n’avons pas cinquante ans à perdre sur des modèles dont l’invalidité a été prouvée », a déclaré le président Erdogan, en référence aux précédentes négociations sur la base d’une réunification de l’île sous la forme d’un État fédéral.

Depuis 2017, les négociations sont au point mort. En avril, une tentative de relance des pourparlers organisée par l’ONU, qui surveille une zone tampon entre les deux parties de l’île, s’est soldée par un échec.

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« Un nouveau processus de négociation peut seulement reprendre entre deux États. Pour cela, la souveraineté et un statut à égalité (entre Chypriotes-turcs et Chypriotes-grecs, NDLR) doivent être confirmés », a insisté Erdogan lors d’un discours dans la partie nord de Nicosie, dernière capitale divisée au monde, devant une foule en liesse agitant des drapeaux turcs.

Il a accusé les Chypriotes-grecs de « bloquer la route à toute solution » et d’être « malhonnêtes ». Il a aussi insisté sur les « mensonges » de l’Union européenne, qui a prévenu qu’elle « n’accepterait jamais une solution à deux États ».

« En finir avec le deuil » de Varosha

À ses côtés, Ersin Tatar, le « président » de Chypre-Nord, a annoncé le début de « la seconde phase de notre (plan) d’expansion de Varosha » afin d’« en finir avec le deuil ».

Quelques jours avant l’élection du nationaliste Ersin Tatar en octobre 2020, ce dernier, alors « Premier ministre » de la RTCN, avait annoncé depuis Ankara la réouverture du front de mer de cette ancienne station balnéaire huppée, fuie par ses habitants en 1974 et bouclée depuis par l’armée turque.

Cette mesure a scandalisé les Chypriotes-grecs mais aussi nombre de Chypriotes-turcs qui y ont vu une intervention directe dans l’élection, en faveur d’Ersin Tatar, protégé d’Erdogan.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a mis en garde contre « toute action unilatérale susceptible de faire monter les tensions sur l’île ». Mais le président turc a réaffirmé mardi 20 juillet que « la vie reprendra » à Varosha, appelant une nouvelle fois les propriétaires chypriotes-grecs à demander, via une commission chypriote-turque, compensation pour la perte de leurs propriétés.

Ersin Tatar a lui affirmé que 3,5 % de la zone entourée de barbelés par l’armée turque serait rouverte et passerait ainsi sous l’autorité des Chypriotes-turcs, qui dépendent économiquement de la Turquie.

Un projet vivement contesté par l’UE et Washington

Le projet d’Erdogan a rapidement été contesté par certaines puissances étrangères. À Bruxelles, le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, s’est dit « préoccupé » par ces annonces « concernant la zone clôturée de Varosha », dénonçant « une décision unilatérale inacceptable visant à modifier » son statut.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a réaffirmé « l’adhésion de la Russie aux résolutions » de l’ONU et souligné le « besoin de réfréner toute action supplémentaire qui pourrait déstabiliser » l’île, selon son ministère.

Côté Washington, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a également condamné, mardi 20 juillet dans un communiqué, l’annonce du président Erdogan : « Les États-Unis considèrent les actions des Chypriotes-turcs à Varosha, avec le soutien de la Turquie, comme provocatrices, inacceptables et incompatibles avec leurs engagements passés à prendre part de manière constructive dans des pourparlers de paix ».

Mercredi 21 juillet, la France a déploré la « démarche unilatérale » qui « constitue une provocation » du président turc Erdogan à Chypre-nord. Le ministre grec des affaires étrangères, Nikos Dendias, également opposé au projet, se rend ce mercredi, à Chypre, pour rencontrer plusieurs dignitaires de Chypre, dont le président chypriote Nicos Anastasiades.

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