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vendredi, août 12, 2022

Les chantiers du général Burkhard, nouveau chef d’état-major des armées

Le retrait partiel des troupes françaises de l’opération Barkhane au Sahel, qui débutera en janvier 2022, devrait constituer le premier chantier de taille pour le nouveau chef d’état-major des armées, qui prend ses fonctions ce jeudi 22 juillet. Un terrain déjà bien connu du général Thierry Burkhard, qui occupait depuis 2019 le poste de chef d’état-major de l’armée de terre (Cemat).

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« L’enjeu sera surtout d’adapter ce retrait partiel aux menaces sur le terrain qui peuvent évoluer à moyen terme, estimeFabien Gouttefarde, député LREM de l’Eure et membre de la commission de la défense nationale et des forces armées. Il faudra montrer qu’on est encore capable d’agir vite en cas d’avancées surprises de groupes terroristes ou de nouvelles attaques sur nos troupes. »

Construire un modèle de coopération militaire européenne

Le défi réside aussi dans la coordination des armées européennes autour de la Task Force Takuba. « La France devra montrer qu’elle est capable d’être le cadre de cette coopération », analysele député Agir Thomas Gassilloud, également membre de la commission défense et rapporteur de plusieurs missions liées aux armées.

Alors que huit pays européens dont l’Italie, le Danemark, la Roumanie ou l’Estonie prennent déjà part à l’opération, « le général Burkhard aura la mission quasi-politique de concrétiser l’engagement d’autres pays européens dans cette force commune », ajoute Fabien Gouttefarde.

Autre zone clé pour l’armée française, le Proche et Moyen-Orient. « Il faudra être attentif à la reconfiguration des conflits liés notamment au retrait des troupes américaines en Afghanistan, à compter du 31 août, et ses conséquences sur toute la région, évalue la présidente de la commission de la défense Françoise Dumas. Cela implique d’anticiper la transformation de certaines opérations françaises, notamment de l’opération Chammal en Syrie. »

L’arrivée des combats « de haute intensité »

Pour Françoise Dumas, aucun doute sur « la capacité entière du général Burkhard à répondre aux besoins de nos armées. C’est un pragmatique, un homme de terrain avec une expérience rare des conflits récents. » Il est aussi connu pour être le principal artisan du concept de « combats de haute intensité », devenu cher au président Macron.

Cette notion dessine une armée française capable de faire face au retour d’affrontements symétriques entre deux États puissants, « en opposition aux guerres insurrectionnelles ou guerres de contre-terrorisme où l’ennemi se cache, et où l’espace aérien et les capacités technologiques ne sont pas contestés », détaille Fabien Gouttefarde. Lorsqu’on parle de conflit de haute intensité, « on fait référence à des conflits qui pourraient hypothétiquement se déclencher avec des pays du type Turquie ou Russie, développe l’élu LREM. Les tentatives de déstabilisation que nous avons pu observer au Haut-Karabakh ou en Ukraine en donnent un bon avant-goût. »

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Une transformation qui nécessiterait de « réajuster » le modèle d’armée française vers des capacités de mobilisations plus massives, « notamment en sollicitant encore plus l’armée de réserve », appuie Thomas Gassilloud. Mais aussi en développant davantage le modèle « complet » de l’armée, « c’est-à-dire une armée autonome, capable d’agir de façon très rapide en coordonnant ses différentes forces : terre, air, mer, renseignements, technologiques, forces spéciales, dissuasion nucléaire », énumère Fabien Gouttefarde. Cette transformation exigera néanmoins « d’aller au-delà des budgets prévus dans la loi de Programmation militaire, qui n’intègre pas complètement cette notion de “haute intensité” », estime le député.

En 2023, la démonstration de force de l’exercice national Orion

« Après avoir introduit et vulgarisé le concept de “haute intensité” dans l’armée de terre, le général Burkhard devra montrer qu’il peut s’appliquer à l’ensemble des armées », estime Thomas Gassilloud. Et cela commence par le lancement en 2023 de l’exercice militaire Orion, conçu par le général pour l’armée de terre puis devenu un « exercice d’hypothèse d’engagement majeur » interarmées.

Avec 10 000 soldats issus de tous les corps de l’armée mobilisés sur plusieurs mois, l’exercice fera aussi office de démonstration de force. « Les relations internationales sont fondées sur des rapports de force, affirme le député Agir. Montrer qu’on en est capable, c’est aussi une question de crédibilité face à de potentiels adversaires puissants. »

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Le budget des armées en hausse

La loi de Programmation militaire (LPM) est votée tous les six ans pour fixer le budget et les grands axes du développement de la défense française.

La LPM de 2019 prévoit une hausse du budget des armées de 1,7 milliard d’euros en 2022 et de 3 milliards en 2023, pour atteindre un budget total de 197,8 milliards d’euros en six ans.

Parmi les objectifs de la LPM 2019-2025, figurent une « gestion plus dynamique » des ressources humaines et un plus grand rôle accordé aux unités de réserve françaises, mais aussi le « renouvellement des capacités opérationnelles de l’armée » via la modernisation des équipements.

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