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samedi, août 13, 2022

les Français de l’étranger, oubliés du passe sanitaire

Environ deux millions de Français vivent à l’étranger. Qu’ils soient installés en Europe ou, pour plus de la moitié d’entre eux, dans d’autres pays, ils sont susceptibles d’avoir suivi un schéma de vaccination local avec des flacons reconnus par l’OMS, mais pas forcément par la France et l’Agence européenne du médicament. D’où ce casse-tête aux allures kafkaïennes : comment obtenir un passe sanitaire une fois de retour dans l’hexagone, alors que celui-ci ne reconnaît pour le moment que les vaccins homologués réalisés sur le territoire national ?

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« Beaucoup d’expats n’ont pas hésité une seconde avant de se faire vacciner » dans leur pays, explique Christelle, expatriée à Shanghaï, qui a reçu deux doses du vaccin Sinovac, l’un des trois vaccins autorisés en Chine. Avant de se rendre compte de ce que cela impliquait : « On a préféré annuler nos vacances à Biarritz, puisque sans le passe sanitaire on ne pourra pas faire grand-chose », déplore Christelle.

Rigidités administratives

La grande majorité des agences de santé des pays fournissent en effet des QR Codes, comme le « NHS Pass » (National Health Service) pour le Royaume-Uni ou le « CDC Pass » (Center for Disease Control) aux États-Unis. Problème : il est pour le moment impossible de lire ces QR Codes en France, et donc de les ajouter au passe sanitaire.

Face à cette situation, les Français de l’étranger pointent d’abord un manque d’information de leurs consulats. « Avant de me faire vacciner, je scrutais le site France Diplomatie tous les jours », observe Lili, en stage à Erevan, en Arménie. En vain. Alors quand la vaccination ouvre en Arménie, elle saute sur l’occasion et reçoit, elle aussi, ses doses de Sinovac.« C’était un peu un pari, j’avais l’espoir de voir les directives européennes évoluer », formule-t-elle. Mais quand les annonces gouvernementales sur le passe sanitaire tombent, aucune ne mentionne ce produit…

Les « expats » déplorent ainsi le manque d’adaptabilité du système administratif. « Tout est détaillé dans le document qu’on a fait traduire en Français, le numéro de flacon, la date du vaccin mais ça ne suffit pas », s’indigne Christelle, qui ne comprend pas qu’une telle situation soit possible avec un vaccin reconnu par l’OMS. Pour d’autres, le système est encore plus flou :Pierre-Adrien, qui vit à Sheffield au centre de l’Angleterre, a reçu une dose de Covishield, la version d’AstraZeneca produite en Inde. La France a fait un pas vers sa reconnaissance dans ce cas précis, mais sans certitude pour lui : « Il n’est toujours pas clair si le lot de vaccin que j’ai reçu est à présent homologué ou non. Le consulat est très silencieux à ce sujet », critique Pierre-Adrien, qui ne pourra pas rendre visite à ses parents en France dans ces conditions.

« On va passer l’été à faire des tests PCR »

Dernier cas de figure qui pose ce même problème de compatibilité internationale : avoir eu le Covid à l’étranger. Une contamination récente au virus est normalement la troisième condition d’obtention du passe sanitaire. Sauf que le système français ne reconnaît que les dépistages réalisés en France, sans possibilité d’obtenir une équivalence. « Même avec mes trois certificats de l’hôpital traduits en anglais, je ne peux pas avoir le passe sanitaire alors que j’ai eu le Covid », explique Julia, qui étudiait en Corée du Sud, tout juste rentrée en France. Le retour en France reste possible, mais pour quelles activités estivales ? « On va passer l’été à faire des tests PCR dont on connaît déjà le résultat », soupire l’étudiante.

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Poser le pied sur le sol français ne marque pas, en effet, la fin du périple. Après avoir payé un test PCR pour son retour, Lili s’est mise en quête d’un moyen pour obtenir le précieux sésame, hors de portée malgré ses deux doses de vaccin chinois. « J’ai appelé l’ARS, puis mon médecin généraliste qui m’a dit de demander à un labo, qui m’a renvoyé vers un centre de vaccination », raconte-t-elle. Lili s’est finalement présentée dans un centre où plusieurs médecins se sont interrogés sur son cas, avant de lui administrer une dose de Pfizer. « On peut dire que je me suis entêtée et ça a marché », admet-elle, avant de conclure, amusée :« Trois doses et deux vaccins, je suis l’inverse d’une antivax, c’est ça ? »

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