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dimanche, août 7, 2022

Éric Dupond-Moretti garde le soutien de son camp

Éric Dupond-Moretti est-il vraiment dans la tourmente ? Par effet d’accumulation, son actualité prête à répondre par l’affirmative. Une déroute électorale lors des régionales dans les Hauts-de-France, une possible mise en examen pour « prise illégale d’intérêts » à l’issue de sa convocation ce vendredi 16 juillet devant la Cour de justice de la République, et une omission de 300 000 € dans sa déclaration d’impôts, corrigée mais révélée dans la presse… Pour moins que cela, on a prédit à des ministres un avenir plus qu’incertain.

→ CONTEXTE. Éric Dupond-Moretti visé par une enquête pour « prises illégales d’intérêt »

Pourtant, ce tableau pourrait bien relever de l’effet d’optique. C’est en tout cas ce que s’emploient à démontrer l’entourage du ministre et l’ensemble de son camp, qui serre les rangs. Avec éclat : dimanche 11 juillet, la députée LREM Naïma Moutchou a démissionné de la CJR (1), dénonçant un « semblant de justice ».

« Un trou de souris pour que ça ne lui coûte pas sa place »

Conscient de ces soutiens, et de celui de l’exécutif, Éric Dupond-Moretti est « serein et combatif », selon ses proches. La place Vendôme, d’ailleurs, riposte, cherchant à convaincre de la gravité de la procédure intentée contre le ministre, volontiers qualifiée d’« antirépublicaine ». « Des syndicats de magistrats utilisent la procédure pénale à des fins politiques et tentent de choisir eux-mêmes leur ministre. C’est un vrai coup de canif dans le principe de séparation des pouvoirs », s’insurge un conseiller. Il relève que l’opposition s’est bien gardée d’accabler le ministre : jeudi 15 juillet, le président LR du Sénat, Gérard Larcher, a même plaidé pour que, même mis en examen, le ministre soit maintenu en poste. « Ils comprennent bien que la question va au-delà du cas d’Éric Dupond-Moretti, et que ça pourrait être eux demain. »

L’avocat le plus célèbre de France n’aurait donc pas de quoi s’inquiéter ? Loin de là. « Il y a un trou de souris pour que ça ne lui coûte pas sa place s’il est mis en examen », estime une figure de la majorité. Le cas échéant, il s’agirait d’une première pour un ministre de la justice en exercice. « La cabale est avérée, mais il va falloir ramer pour l’expliquer à l’opinion, pour que ça n’ait pas l’air d’un arrangement. » Ce député veut cependant croire que « le calendrier joue en notre faveur : avec les vacances, les choses vont se tasser ».

La majorité plébiscite son bilan et pardonne sa défaite aux régionales

Si Éric Dupond-Moretti est aussi soutenu dans ses démêlés judiciaires, c’est parce qu’un peu plus d’un an après sa nomination surprise à la Chancellerie, son bilan fait l’unanimité dans son camp. Le 25 mai, lors du vote de son projet de loi « Confiance dans l’institution judiciaire », décrié par les professionnels, les trois groupes de la majorité (LREM, MoDem et Agir ensemble) ont voté comme un seul homme.

« Il faut qu’il reste au gouvernement, milite Yaël Braun-Pivet, présidente de la commission des lois. Sa notoriété et sa prestance n’y sont sans doute pas pour rien, mais on n’a jamais autant parlé de justice que depuis qu’il est au ministère. » La députée des Yvelines cite les réformes « reprises au vol » comme la justice pénale des mineurs, le budget inédit, le recrutement de renforts pour les magistrats et pour le greffe… « Il a d’ores et déjà réussi à faire bouger les lignes », loue-t-elle.

→ ENTRETIEN. Bertrand Mathieu : « Réfléchir à une réforme de la Cour de justice de la République »

Quant à sa défaite électorale – la liste LREM sur laquelle il figurait a été éliminée au premier tour –, nul ne semble en tenir rigueur à celui qu’Emmanuel Macron a envoyé au front à moins de deux mois du scrutin. « Il y est allé pour rendre service, on l’a lancé beaucoup trop tard », plaide un député. « C’est un échec collectif, les premières errances remontent à la composition de la liste », juge une députée LREM expérimentée, qui se dit « indulgente » et note qu’« il n’a pas eu le temps de préparer sa campagne ». Elle en tire un enseignement qui détonne dans le discours macroniste : « La politique, c’est un métier. Je suis désolée de le dire, mais c’est comme ça. Un ancrage local, ça ne se décrète pas. » Ça se construit. D’ici là, le ministre devra remporter un autre combat, devant ses juges. « Il va répondre à toutes les questions de son interrogatoire », indique son entourage.

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Un an de guerre avec les syndicats de magistrats

6 juillet 2020. Éric Dupond-Moretti est nommé ministre de la justice.

18 septembre 2020. À la demande du ministre, une enquête administrative est ouverte contre trois magistrats du parquet national financier, accusés d’avoir épluché les factures téléphoniques de plusieurs avocats, dont « EDM », en 2014.

17 décembre. Anticor et trois syndicats de magistrats déposent plainte, l’accusant de conflits d’intérêts avec ses anciennes activités d’avocat.

13 janvier 2021. Ouverture d’une enquête pour « prise illégale d’intérêts », confiée à la commission d’instruction de la Cour de justice de la République (CJR), seule habilité à juger des ministres en exercice.

1er juillet. Perquisition, rare et longue, au ministère de la justice. Éric Dupond-Moretti reçoit sa convocation en vue d’une mise en examen.

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