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dimanche, août 7, 2022

vers une issue de la crise catalane ?

« Une nouvelle étape de dialogue » qui permettra « d’en finir une fois pour toutes avec la division et l’affrontement », déclarait le 22 juin, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, à l’issue du Conseil des ministres qui venait d’approuver la grâce des neuf dirigeants indépendantistes. Le président régional catalan et le président espagnol doivent se rencontrer, ce mardi 29 juin, à Madrid, afin de trouver une issue à la crise catalane.

La rencontre entre Pedro Sanchez et Pere Aragonès est une « bonne chose, estime l’historien Benoit Pellistrandi. Le dialogue entre le gouvernement catalan et Madrid était quasiment rompu depuis trois ans. La grâce la semaine dernière était une condition pour renouer ce dialogue. »

« Un difficile exercice d’équilibriste »

En échange du soutien du parti séparatiste ECR (Gauche Républicaine de Catalogne) à sa reconduction au pouvoir, en janvier 2020, le président Pedro Sanchez avait accepté l’ouverture de négociations formelles entre gouvernement régional et central. Une seule réunion avait été organisée, en février 2020, avant que les discussions ne soient suspendues en raison de la crise sanitaire. Cette rencontre, mardi 29, est donc particulièrement importante.

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« C’est un dialogue très compliqué », estime l’historien, puisque les deux hommes ont des « objectifs totalement différents ». Les indépendantistes campent sur leur position. Ils demandent à la fois l’amnistie pour toutes les personnes condamnées ou poursuivies pour les événements de 2017, mais aussi l’organisation d’un référendum d’autodétermination.

Deux exigences rejetées en bloc par le gouvernement espagnol qui se retrouve dans une situation bien délicate. Selon Benoit Pellistrandi, « le gouvernement doit donner des gages aux deux parties, ceux qui veulent l’indépendance et ceux qui y sont farouchement hostiles ».

Sur quoi négocier ?

Si l’indépendance est une ligne rouge que le gouvernement espagnol ne peut actuellement franchir, ce dernier pourrait toutefois axer la négociation sur trois points, estime Anthony Sfez, docteur en droit à l’université Paris II-Panthéon Assas.

D’abord, le gouvernement va sans doute mettre en avant la grâce des prisonniers, en insistant sur le fait que « la droite n’aurait pas fait la même chose ». Le gouvernement peut aussi jouer sur le budget accordé à la Catalogne : « L’objectif est de le rendre attractif, en favorisant par exemple le développement des infrastructures catalanes. »

Finalement, il dispose d’une dernière carte en acceptant de « réfléchir à une réforme constitutionnelle qui permettrait une hausse de l’autonomie de la région ». Sans aller, bien sûr, jusqu’à l’indépendance.

Que peut-on attendre de cette rencontre ? « Pas grand-chose », modère Anthony Sfez qui reconnaît néanmoins que les deux parties tirent un bénéfice de cette négociation. « Pedro Sanchez a besoin du soutien de l’ERC pour gouverner, car il ne dispose pas de la majorité, et, en même temps, il est bloqué par des impératifs constitutionnels. Cela montre, en tout cas, qu’il est enclin à la négociation. De leur côté, les indépendantistes gagnent du temps, pour se refaire une santé et acquérir une plus large base sociale. »

Une population divisée

La population est « lassée » par la question catalane qui s’enlise depuis 2017, avance Anthony Sfez. Les positions, elles, n’ont pas changé : des Espagnols, qui restent assez hostiles à l’indépendance, même si la majorité « voit d’un bon œil cette logique de réconciliation ». Et une population catalane au sein de laquelle il existe un « large consensus sur le bien-fondé de la grâce, mais pour qui cela ne résout pas le problème de fond, à savoir la question de l’indépendance. »

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La situation continue de diviser. Si la grâce des prisonniers a permis d’apaiser une partie des tensions et a créé des conditions propices au dialogue, elle a suscité également les critiques d’une frange de la population. Certains considèrent en effet qu’en accordant cette grâce, l’État s’est affaibli et a ouvert la voie à un retour en force des indépendantistes.

Pour eux, le message est clair. « Je ne regrette rien » a affirmé l’indépendantiste, Jordi Cuixart, dès sa sortie de prison. « La République catalane arrivera-t-elle ? Si les Catalans le veulent, il est très probable qu’elle arrivera un jour. »

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