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jeudi, juin 30, 2022

À Versailles, les Européens face à la guerre en Ukraine

Les fastes du château de Versailles ne laissent jamais rien au hasard. Sous chaque lustre une allégorie à méditer, sur chaque plafond une parabole. Reçus dans l’impressionnant salon Hercule, tout près des appartements du roi, avant de dîner dans la galerie des glaces du château de Versailles, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne ont été symboliquement invités au courage héroïque, tandis que la guerre est aux portes de l’Europe. Ironie de l’Histoire : Vladimir Poutine connaît lui aussi très bien les lieux. Emmanuel Macron, fraîchement élu, lui avait fait traverser la galerie des Batailles en 2017.

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L’Histoire sera juge

Après avoir accueilli chacun dans une gravité de circonstance, le président français s’est fait aussi solennel que les lieux. « La guerre en Ukraine est un traumatisme immense, et je l’ai dit, c’est le retour du tragique, c’est un drame, un drame humain, politique, humanitaire. Mais c’est aussi, à coup sûr, un élément qui va conduire à complètement redéfinir l’architecture de notre Europe. Et donc, dans le temps, nous aurons à en tirer toutes les conséquences ». Sans conclure à ce stade, les 27 doivent débattre d’enjeux déterminants : repenser les capacités de défense de l’UE, se débarrasser de la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie par des investissements massifs, et esquisser le destin commun avec l’Ukraine une fois que la guerre sera terminée.

Alors que les combats font rage depuis maintenant deux semaines, les dirigeants européens ressortent de ce premier jour de Conseil avec une déclaration générale sur l’Ukraine, après de longs échanges, jusqu’à plus de deux heures du matin. Il fallait qualifier l’invasion en des termes juridiquement répréhensibles. Le Conseil évoque une « agression militaire non provoquée et injustifiée de la Russie contre l’Ukraine » qui « viole de manière flagrante le droit international et les principes de la Charte des Nations unies et porte atteinte à la sécurité et à la stabilité européennes et mondiales ». Sans être directement cités, les bombardements, à l’image de celui qui a touché mercredi 9 mars un établissement abritant un hôpital pour enfants et une maternité à Marioupol, sont pointés du doigt. « Les responsables seront tenus responsables de leurs crimes, y compris pour avoir ciblé sans discrimination des civils et des biens de caractère civil », indiquent les 27 qui se félicitent de l’ouverture d’une enquête à la Cour pénale internationale.

Priorité à l’humanitaire

Le Conseil adresse plusieurs messages à la Russie. Les États membres marquent un palier dans la gradation des mesures prises contre Moscou – un embargo européen sur les hydrocarbures n’étant pas jugé soutenable par tous. Néanmoins, ils se sont dits prêts « à agir rapidement avec de nouvelles sanctions ». Les 27 exigent des couloirs humanitaires « sans entrave aux victimes et aux personnes déplacées ». Ils demandent également la sécurisation d’installations nucléaires ukrainiennes avec l’aide de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Les États membres ont mis de côté leurs querelles internes sur le respect de l’état de droit, dans un contexte où la Pologne (1,4 million de réfugiés au 8 mars) et la Hongrie (214 000) sont en première ligne. L’Élysée, comme d’autres exécutifs, a voulu rendre honneur à l’effort massif fourni à Varsovie : « C’est l’ensemble du pays qui se mobilise et je crois, quelque chose que devant l’histoire, ne sera pas oublié ». Les 36 milliards d’euros que Varsovie devrait toucher au titre du plan de relance sont toujours suspendus par la Commission. Mais le pays bénéficiera rapidement de fonds européens, via l’action de cohésion pour les réfugiés en Europe (CARE) et via ReactEU, créé à l’origine pour agir vite face à la pandémie. En tout, c’est une enveloppe d’environ 20 milliards d’euros qui pourrait aller aux réfugiés ukrainiens, auxquels l’UE offre une protection temporaire systématique.

L’Ukraine dans la « famille européenne »

L’attention va aux Ukrainiens. « Nous ne les laisserons pas seuls », clament les 27. « L’UE et ses États membres continueront de fournir un soutien politique, financier, matériel et humanitaire coordonné. Nous nous engageons à apporter notre soutien à la reconstruction d’une Ukraine démocratique une fois que l’assaut russe aura cessé », déclarent-ils. Les États membres étaient en revanche divisés sur l’idée d’une adhésion de l’Ukraine à l’UE selon une procédure accélérée. La Pologne, la Slovaquie, la Bulgarie, l’Estonie, la République tchèque ont plaidé, dans une déclaration commune, pour « accorder immédiatement à l’Ukraine le statut de candidat à l’UE et d’entamer le processus de négociation ».

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Mais les membres fondateurs – France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Italie ne veulent pas brûler les étapes. « Nous renforcerons encore nos liens et approfondirons notre partenariat pour soutenir l’Ukraine dans la poursuite de sa voie européenne. L’Ukraine appartient à notre famille européenne », tranchent les conclusions du Conseil. Vendredi 11 mars, après une courte nuit, les 27 doivent reprendre leurs travaux, cette fois pour évoquer leur propre destin, et la résilience de leurs investissements communs face aux conséquences de la guerre.

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