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mercredi, août 10, 2022

Cet été, les maternités publiques en manque de sages-femmes

« Il nous manque une cinquantaine de sages-femmes en Gironde et dans les Landes pour assurer les accouchements cet été, s’alarme Anne-Marie Curat, présidente du Conseil national de l’Ordre des sages-femmes (Cnosf). Certaines maternités ont dû réduire leur nombre de lits, cesser des activités d’accompagnement… C’est catastrophique. »

Depuis le début de l’été, les maternités publiques sont confrontées à un cruel manque de sages-femmes. Les jeunes diplômés, qui assurent habituellement le remplacement lors des congés estivaux, manquent à l’appel.

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Si le nombre de sages-femmes en France continue d’augmenter, « les jeunes fuient chaque année un peu plus vers le libéral », explique la présidente du Conseil.

Ils sont désormais plus de 30 % à préférer le soin à domicile, qui permet une plus grande autonomie et une meilleure rémunération, au travail en maternité, contre 17 % il y a dix ans.

Pour Anne-Marie Curat, le secteur ne présente « tout simplement plus aucune attractivité pour les jeunes, à cause d’une précarité très importante et de conditions de travail déplorables ». Elle dénonce le cercle vicieux du « sous-effectif permanent et chronique, qui empêche les sages-femmes d’exercer correctement leur métier ».

En sous-effectif, « la peur d’avoir raté quelque chose »

Ève Rizzotti-Donas, sage-femme au CHU de Strasbourg, dit travailler chaque jour avec trois ou quatre femmes enceintes en simultané, « sans compter les urgences gynécologiques ou obstétriciennes de la journée ».

Pour le Cnosf, cette situation met les mères et leurs bébés en danger. « Imaginez qu’une sage-femme accompagne une femme lors d’une expulsion et qu’une autre de ses patientes présente une détresse au même moment ? », appuie Anne-Marie Curat. Le métier de sage-femme « consiste à surveiller la physiologie de la patiente tout au long de la grossesse et à prévenir quand la pathologie s’installe, à les rassurer dans la douceur et la sérénité », explique Ève.

Mais dans ces conditions, « la peur d’avoir mal fait, d’avoir raté quelque chose, s’installe». Et, avec elle, « la boule au ventre ».

Un manque de reconnaissance

Selon Anne-Marie Curat, le problème d’attractivité réside aussi dans le déficit de reconnaissance dont souffre la profession, « pas à la hauteur de la responsabilité et de la réalité médicale du métier ».

À l’hôpital, les sages-femmes ne sont pas considérées comme des « praticiens hospitaliers », au même titre que les autres professions médicales. « Lorsqu’ils arrivent, les jeunes diplômés sont payés 1 600 € après cinq ans d’études, et voient leurs CDD renouvelés d’un mois sur l’autre », indique encore la présidente.

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Ève aussi comprend leur réticence : « Les jeunes diplômés savent qu’en arrivant en maternité ils seront corvéables à merci et qu’ils passeront des années en CDD avant d’être titularisés. »

Avec seize ans de métier derrière elle, Ève est payée 2 500 € par mois, « en travaillant presque sept jours sur sept, parfois de nuit, les week-ends et les jours fériés ».

Après de multiples grèves et la déception des sages-femmes lors du Ségur de la santé, le ministre Olivier Véran a missionné l’Inspection générale des affaires sociales en février, afin de dresser un état des lieux du métier.

L’Ordre des sages-femmes, quant à lui, vient de remettre 18 propositions aux inspecteurs, qui devaient rendre leur rapport fin juin.

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