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samedi, août 13, 2022

la carotte et le bâton, des armes efficaces contre la réticence vaccinale ?

« Reconnaître le civisme et faire porter les restrictions sur les non-vaccinés ». C’est la philosophie qu’a assumée Emmanuel Macron, lundi 12 juillet, en annonçant les lourdes contraintes qu’un passe sanitaire élargi fera bientôt peser sur les Français qui ne seront pas vaccinés contre le Covid-19.

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Un tour de vis que les partisans du président saluent sans réserve. « Oui, c’est une incitation forte, qui touche à la contrainte, reconnaît un député LREM. Cela fait des semaines qu’on joue sur l’incitation, on avait atteint le bout de ce qu’on pouvait faire. Il est aussi normal de récompenser ceux qui jouent le jeu en se faisant vacciner », poursuit-il.

Récompenser les uns, punir les autres… Le président, tout en en appelant à la « France unie », ne prend-il pas le risque de couper la société en deux, en instaurant une telle différence de traitement entre vaccinés et non-vaccinés ? « Au contraire, l’idée est justement d’éviter cela, défend le député LREM Roland Lescure. Aujourd’hui la majeure partie des gens non vaccinés sont juste des gens qui hésitent, qui ont la flemme, ou qui préfèrent se faire tester régulièrement. Le but est de viser ceux-là, de manière que l’immense majorité soit vaccinée et que nous n’ayons pas à aller jusqu’à l’obligation. »

« Les vrais réfractaires sont très peu nombreux »

L’explosion des prises de rendez-vous dans la foulée de l’allocution présidentielle semble incontestablement prouver l’efficacité de cette stratégie. Pourtant, elle ne fait pas l’unanimité. « Il n’y avait pas besoin de cette déclaration fracassante, qui met à mal un processus d’explication et de discussion », regrette Anne-Marie Moulin, directrice de recherche émérite au CNRS et membre du comité d’orientation de la concertation citoyenne sur la vaccination. « Il n’y a pas deux camps vis-à-vis du vaccin. Les gens, en majorité, évoluent de façon pragmatique en considérant qu’il faut bien en passer par là pour que l’épidémie s’arrête. C’est une tendance qui existait ces derniers jours, notamment chez les jeunes, et qu’on aurait pu accompagner sans recourir à la menace. »

Vrai, mais insuffisant, selon le sociologue Gérald Bronner. « L’incitation douce peut fonctionner, mais c’est très lent. Avec le variant Delta, la célérité fait partie de l’équation », argumente le professeur de l’Université de Paris, qui estime pour sa part qu’Emmanuel Macron a fait « exactement ce qu’il fallait ». « Les vrais réfractaires au vaccin sont très peu nombreux, mais leur argumentation a essaimé à la faveur de la dérégulation du marché de l’information », explique ce spécialiste des milieux complotistes. « Beaucoup de nos concitoyens, sans être totalement convaincus par ces arguments, ont été gagnés par l’indécision et, dans le doute, s’abstenaient. Il fallait rendre l’hésitation plus coûteuse que bénéfique », se félicite Gérald Bronner.

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Pour lui, la stratégie du passe sanitaire n’est pas discriminatoire, car « c’est une mesure provisoire qui n’essentialise pas les individus ». Au contraire, il est convaincu qu’elle permettra « d’arracher les indécis au discours anti vaccination »

« Ne pas se faire vacciner, c’est aussi une critique de la politique sanitaire »

Pour Anne-Marie Moulin, cependant, « la présidence oublie que le refus ou l’hésitation face au vaccin n’est pas tant une crainte des effets secondaires qu’une réaction sociale, une réaction de classe ». La philosophe et médecin est ainsi très critique de l’obligation vaccinale imposée aux soignants, qui fait des « héros » du premier confinement les « boucs émissaires » de l’été. Elle rappelle qu’il y a une corrélation entre le niveau de salaire et la vaccination.

« Ne pas se faire vacciner, c’est aussi une critique de la politique sanitaire menée par le gouvernement », confirme Frédéric Keck, anthropologue spécialiste des crises sanitaires. « En Chine, l’adhésion à la politique vaccinale est très forte, alors qu’à Hong Kong ou au Japon, il y a beaucoup de méfiance », illustre-t-il. Puisque le sujet est aussi politique, le chercheur souligne d’ailleurs le risque qu’a pris Emmanuel Macron en mêlant dans une même allocution la question vaccinale et ses projets de réforme socio-économiques. « Il y avait un côté discours de précampagne qui peut introduire de la confusion, en liant le vaccin à la volonté du président de se refaire une santé politique », pointe le directeur du Laboratoire d’anthropologie sociale. Il estime toutefois qu’entre la menace du variant Delta et la réticence face au vaccin, déjà en hausse dans la société française avant la pandémie, le gouvernement a trouvé un compromis « acceptable ».

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Avec un record absolu d’un million de rendez-vous pris dans la soirée du lundi 12 juillet, le camp macroniste considère déjà que le président a atteint son but. L’avenir dira si, passé l’électrochoc, la tendance se maintient en faveur du vaccin.

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