Retirée d’Afghanistan, l’armée allemande s’interroge sur son avenir

C’est une page importante de tournée pour la Bundeswehr, qui représentait il y a peu le deuxième contingent armé de l’Otan en Afghanistan (1 300 soldats) derrière les États-Unis (2 500 soldats). Berlin a devancé Washington de deux mois dans le retrait de ses troupes. L’Allemagne a même pris de l’avance sur le 4 juillet, date de la fête nationale américaine où elle avait promis de cesser sa mission commencée il y a 20 ans, dans la foulée des attentats du 11 septembre. Les derniers soldats ont été transportés, mardi 29 juin, par quatre avions militaires depuis le camp de campagne de Marmal à Mazar-e-Charif.

« Chapitre historique »

En deux décennies, l’armée allemande a déboursé 12 milliards d’euros pour déployer 160 000 hommes en Afghanistan, dont 59 sont morts, la plus grosse perte essuyée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. « C’est un chapitre historique qui s’achève, un déploiement intensif qui a mis la Bundeswehr au défi et l’a façonnée, au cours duquel l’armée allemande a fait ses preuves au combat », a déclaré la ministre de la défense Annegret Kramp-Karrenbauer, pressentie pour succéder au Norvégien Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Otan.

Le processus de « normalisation » de l’armée allemande a commencé après la chute du Mur de Berlin. Il a commencé par un premier envoi de soldats en Somalie, en 1993, pour l’opération « Restore hope » sous mandat américain – sans armes, habillés en orange, sur de l’humanitaire. Puis l’Allemagne est intervenue au Kosovo, en Bosnie sous le mandat de l’Otan, avant de s’engager en Afghanistan, essentiellement pour former les troupes afghanes.

À présent, la plus forte présence allemande se trouve au Mali : 900 soldats sur les missions Minusma et EUTM. Mais un récent attentat-suicide à Gao qui a fait 12 blessés parmi les casques bleus allemands a relancé les divisions politiques sur l’intérêt de cette présence, trois mois avant les élections fédérales, le 26 septembre prochain.

En attendant les ordres

L’armée allemande devra sans doute composer avec des vents contraires, si, comme les sondages l’indiquent, le pays prend le chemin d’une coalition entre les chrétiens-démocrates et les Verts. Dans le cadre des engagements auprès de l’Otan, le candidat conservateur Armin Laschet (CDU) soutient l’objectif d’atteindre 2 % du PIB consacré à la défense d’ici à 2025 (contre 1,59 aujourd’hui, soit 47 milliards d’euros). Un objectif rejeté par la candidate écologiste Annalena Baerbock, qui défend l’idée d’une armée plus opérationnelle.

Travaillée par des tensions internes, la Bundeswehr se cherche à la fois une identité et une raison d’être. Secouée par les scandales dus à des sympathisants néonazis ou d’extrême droite, elle vient de recruter un grand rabbin à son aumônerie militaire. Son désengagement opérationnel s’accompagne par ailleurs d’un retrait civil. Sa mission de soutien au ministère de la santé dans la gestion sanitaire vient de s’achever, avec la baisse du nombre de cas.