Reconversion dans le privé de l’ex-ministre Fleur Pellerin: l’enquête classée sans suite

L’ex-ministre de la Culture Fleur Pellerin, épinglée fin 2018 par la HATVP pour des soupçons de conflit d’intérêts lors de sa reconversion dans le privé, a bénéficié jeudi 1er juillet d’un classement sans suite du parquet anticorruption, a annoncé le procureur de la République financier.

Le 19 décembre 2018, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) avait signalé à la justice une possible «prise illégale d’intérêts» de l’ancienne ministre pour ses liens avec Naver Corp, un géant du web sud-coréen qui fut l’un de ses interlocuteurs quand elle était au gouvernement. «Le parquet national financier avait ouvert une enquête préliminaire au mois de janvier 2019, confiée à la Brigade de Répression de la Délinquance Économique (BRDE)», explique le procureur Jean-François Bohnert dans un communiqué, concluant que «les actes d’enquête n’ont pas permis de caractériser l’infraction».

Fleur Pellerin, ministre de la Culture d’août 2014 à février 2016 sous la présidence de François Hollande, avait créé, à sa sortie du gouvernement, la société d’investissement Korelya Consulting, destinée à accompagner des investissements dans les start-up numériques. A la tête de l’entreprise, elle gérait à partir de septembre 2016 un fonds «intégralement doté par la société Naver Corp», selon la HATVP. Or en octobre 2015, elle avait «évoqué» avec Naver Corp «un projet de partenariat en vue de la diffusion» par le groupe asiatique «des événements de l’année France-Corée [2015-2016]», relatait le rapport de la HATVP. Un mois plus tard, elle signait «pour le gouvernement français» une «lettre d’intention» avec Naver Corp pour l’hébergement de contenus vidéos.

Des réserves sur la création de Korelya Consulting

Créée en 2013, la HATVP est l’autorité indépendante chargée notamment de contrôler pendant trois ans les reconversions dans le privé d’anciens responsables publics. A ce titre, elle avait émis des réserves sur la création de Korelya Consulting, jugeant que la société ne pouvait «jusqu’au 11 février 2019» fournir des prestations à des entreprises qui «ont bénéficié» d’aides financières ou de décisions de la part du ministère de la Culture et de la communication, ou «conclu des contrats» avec ses services lorsque Fleur Pellerin était ministre.

Invitée à s’expliquer, Fleur Pellerin avait répondu en mai 2018 que la lettre d’intention «ne [présentait] en aucune façon le caractère d’un contrat» et n’était pas un engagement contraignant. L’entrepreneure avait fait valoir également que la convention de partenariat était «le fruit exclusif des discussions engagées entre Naver Corp et les services culturels de l’ambassade» de France en Corée.