Pourquoi les armées de l’Otan s’exercent-elles en mer Noire ?

► En quoi consiste cet exercice et quel est son objectif ?

Sea Breeze, un exercice annuel bilatéral à l’origine, a été élargi aux pays membres et partenaires de l’Otan depuis 1997. L’édition 2021, d’une taille inédite, mobilise 5 000 hommes de 30 pays participants (dont la France, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie), 32 navires, 40 avions et 18 opérations de forces spéciales navales et sous-marines.

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Ces manœuvres ont un double objectif, militaire et géopolitique : renforcer l’expérience et l’interopérabilité des forces navales des pays alliés dans la région ; soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine ainsi que la liberté de navigation en mer Noire, face à la Russie qui contrôle l’Abkhazie en Géorgie, la Transnistrie en Moldavie et la Crimée, annexée depuis 2014.

« Nous voulons démontrer que la mer Noire est une mer internationale, ouverte au transport commercial et à la navigation pour toutes les nations », assurait la semaine dernière Kyle Gantt, commandant adjoint d’un escadron de destroyers américains, basé en Espagne

► Dans quel contexte se déroule l’exercice ?

La mer Noire, « verrou stratégique » entre l’Europe et l’Asie, au cœur des enjeux de sécurité énergétique, connaît un fort regain de tensions depuis plusieurs années. Depuis l’annexion illégale de la Crimée, le renforcement des moyens militaires déployés sur la base de Sébastopol a donné à la Russie une plus grande capacité opérationnelle et une maîtrise accrue de l’espace aéromaritime.

Moscou entend contrer la présence occidentale dans sa « zone d’influence » et rétablir une forme d’équilibre en sa faveur. En réponse, l’Otan, jusque-là plus centrée sur la Baltique, a augmenté sa présence en mer Noire.

En avril, Moscou a annoncé la suspension, pendant six mois – du 24 avril au 31 octobre –, du passage des « navires militaires et autres bâtiments étatiques » étrangers dans trois zones, dont une au large de la presqu’île de Kertch, proche du détroit du même nom, qui relie la mer Noire à la mer d’Azov, d’une importance cruciale pour les exportations de céréales ou d’acier produits en Ukraine. L’Alliance atlantique a fustigé cette mesure « injustifiée » et appelé à un libre accès aux ports ukrainiens. Kiev et Washington dénoncent, depuis plusieurs années, une « annexion rampante » de la mer d’Azov par la Russie.

► Comment réagit la Russie ?

La Russie a demandé en vain l’annulation de l’exercice Sea Breeze 2021, qualifié de « jeu provocateur » par la porte-parole du ministère des affaires étrangères russe, Maria Zakharova. Moscou a répondu à Sea Breeze par une démonstration de force, en testant des systèmes de défense aérienne en Crimée, en déployant une vingtaine d’avions de combat, de bombardiers et d’hélicoptères, ainsi que des systèmes de missiles sol-air.

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Les forces russes ont tenté d’intimider un destroyer britannique, mercredi 23 juin, quand il a fait un court passage au sud-ouest de la Crimée, dans les eaux territoriales internationalement considérées comme ukrainiennes, mais revendiquées par la Russie depuis son annexion de la Crimée.

► Quelles règles s’appliquent aux exercices militaires ?

Le document de Vienne de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), adopté en 1990, prévoit la notification à l’avance des principaux exercices militaires et limite également leur taille et leur fréquence. Lorsque plus de 13 000 soldats sont impliqués, les organisateurs sont censés inviter des observateurs d’autres pays membres de l’OSCE. La Russie est accusée de sous-estimer régulièrement les effectifs engagés dans ses exercices pour éviter d’accueillir des observateurs étrangers.