pourquoi le bilan des inondations est-il si lourd ?

Des maisons submergées, des voitures retournées, des routes effondrées sous le poids des eaux boueuses qui déferlent sans discontinuer. Les pluies diluviennes qui s’abattent sur l’ouest de l’Allemagne ont déjà fait au moins 103 victimes, tandis que la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg sont également touchés. 1 300 personnes sont portées disparues dans le seul canton de Bad Neuenahr-Ahrweiler. Et le bilan va certainement s’alourdir dans les heures et les jours à venir.

→ À LIRE. Allemagne : des victimes et disparus après un glissement de terrain consécutif aux crues

« Je suis bouleversée par la catastrophe que doivent endurer tant de personnes dans les zones inondées », a réagi la chancelière Angela Merkel, jeudi 15 juillet, alors qu’elle était en visite à Washington. L’urgence est à l’organisation des secours : plus d’un millier de soldats ont été déployés pour évacuer les habitants des régions de Rhénanie-Palatinat et de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, contraints de se réfugier sur le toit de leur maison.

Catastrophe historique

Le pays n’avait pas connu si grave catastrophe naturelle depuis les inondations de Hambourg, qui avaient fait plus de 300 morts en 1962. « C’est très inquiétant de voir, qu’aujourd’hui en Europe, des inondations peuvent faire autant de victimes », constate avec stupeur Linda Speight, hydro-météorologue à l’université de Reading en Angleterre.

Outre-Rhin, le réchauffement climatique est déjà au cœur de toutes les discussions. « Cela signifie que nous devons accélérer les mesures de protection du climat », a déclaré Armin Laschet, président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et favori à la succession d’Angela Merkel à l’automne prochain. Même Frank-Walter Steinmeier, le discret président de la République allemande, a appelé vendredi 16 juillet à « s’engager résolument contre le changement climatique » pour « maîtriser les conditions météorologiques extrêmes ».

Le rôle du réchauffement climatique

« Un degré de plus, au niveau global, équivaut à 7 % de vapeur d’eau supplémentaire dans l’atmosphère », souligne Jean-Pascal van Ypersele, professeur de climatologie à l’université catholique de Louvain en Belgique. Or, si l’atmosphère contient plus de vapeur d’eau, les précipitations deviennent plus importantes.

→ DÉBAT. Inondations en Allemagne et Belgique, chaleur en Espagne… L’Europe vit-elle un été climatique extrême ?

Les phénomènes météorologiques extrêmes comme les inondations sont donc amenés à être plus fréquents et plus violents. « Le Giec(Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, NDLR) alertait déjà sur ce risque dès son premier rapport en 1990 », rappelle l’expert.

Ces pluies provoquent d’autant plus de dégâts qu’elles tombent sur des zones fortement urbanisées. L’artificialisation des sols réduit leur perméabilité. « En construisant des routes, des parkings, des berges aménagées, l’eau ne peut plus pénétrer dans le sol », explique Jean-Pascal van Ypersele.

Les habitations sont parfois construites dans le lit majeur des cours d’eau, c’est-à-dire la zone de débordement en cas de crue. Holger Sticht, président régional de la Fédération allemande pour l’environnement et la protection de la nature, a d’ailleurs fustigé les constructions en zone inondable.

Préparation insuffisante

Ces éléments se révèlent toutefois insuffisants pour expliquer le très lourd bilan humain. « Les agences météorologiques européennes avaient prévenu les autorités allemandes d’un risque important d’inondation », rappelle Linda Speight. Malgré l’alerte, personne ne s’attendait à des événements d’une telle ampleur. « Les modèles de prévision et d’alerte européens sont bons, poursuit la spécialiste. Mais les mesures d’évacuation auraient dû être prises plus tôt. »

→ ENTRETIEN. Réchauffement climatique : « Le monde de demain sera plus dur dans beaucoup d’endroits »

Si le manque de préparation des autorités allemandes a sans doute été préjudiciable, Linda Speight réclame aussi une prise de conscience citoyenne de ces risques : « Dans les zones peu fréquemment touchées par les inondations, les habitants ont tendance à penser que cela n’arrive qu’aux autres. C’est faux : ces risques existent et se reproduiront. »