Pedro Sánchez rajeunit son gouvernement

Le remaniement du gouvernement, samedi 10 juillet, n’affecte pas l’alliance entre le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de Pedro Sánchez et le petit parti de gauche radicale Podemos, qui conserve ses cinq portefeuilles. Les changements concernent uniquement certains des 17 portefeuilles détenus par des membres du PSOE ou des personnalités qui en sont proches.

Lors d’une brève allocution au palais de la Moncloa, siège du gouvernement, Pedro Sánchez a notamment annoncé le départ la ministre des affaires étrangères, Arancha González Laya, remplacée par l’actuel ambassadeur d’Espagne à Paris, José Manuel Albares.

« Aujourd’hui commence le gouvernement de la reprise », a lancé Pedro Sánchez soulignant qu’à 30 mois des prochaines élections, l’une des priorités de la nouvelle équipe sera de « gérer cette énorme opportunité que représentent les fonds européens » pour la relance d’une économie dévastée par le Covid. L’Espagne est le deuxième bénéficiaire de ces fonds, après l’Italie.

Une équipe plus jeune et plus féminine

Il a précisé que la nouvelle équipe marquait à la fois « un renouvellement générationnel », puisque la moyenne d’âge en est de 50 ans au lieu de 55 ans précédemment, et un accroissement de la présence des femmes, qui représenteront désormais près des deux tiers (63 %) des 22 ministres, au lieu de 54 % dans le précédent gouvernement. « Cela va faire de nouveau de notre pays un référent en matière de parité hommes femmes », a commenté Pedro Sánchez.

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La numéro deux du gouvernement sortant, la socialiste Carmen Calvo, jusqu’alors première vice-présidente et ministre de la présidence et des relations avec le Parlement, quitte également l’exécutif.

Entre revers et controverses

Il s’agit du premier véritable remaniement effectué par Pedro Sánchez depuis l’investiture de son gouvernement en janvier 2020, si l’on excepte le remplacement cette année de deux ministres démissionnaires. Il intervient alors que le gouvernement a été très affaibli ces derniers mois par divers revers ou controverses.

Il y a trois mois, l’exécutif avait essuyé un camouflet lors des élections régionales de Madrid, bastion historique de la droite, où le PSOE et Podemos avaient subi une déroute face au Parti Populaire (PP, conservateur), qui avait présenté le scrutin comme une sorte de référendum sur la politique gouvernementale.

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Plus récemment, la récente décision du gouvernement, fin juin, de gracier les responsables indépendantistes catalans emprisonnés à la suite de la tentative de sécession manquée de la Catalogne en 2017 a suscité la désapprobation d’une grande partie de l’opinion publique, selon plusieurs sondages, et fourni des munitions à l’opposition de droite.

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À tel point que certaines enquêtes d’opinion placent désormais le PP devant ou à égalité avec le PSOE en cas d’élections législatives anticipées.

Podemos affaibli

Fin janvier, Pedro Sanchez avait remplacé son ministre de la Santé, Salvador Illa, qu’il avait choisi pour diriger la campagne socialiste aux élections régionales de Catalogne. Il avait ensuite dû procéder fin mars à un mini-remaniement imposé par la démission soudaine du gouvernement du leader d’alors de Podemos, Pablo Iglesias, qui s’était jeté dans la bataille pour les élections régionales à Madrid, avant d’abandonner la vie politique au soir des élections du 4 mai.

Pablo Iglesias, qui était alors deuxième vice-président du gouvernement, avait été remplacé par la ministre du travail, Yolanda Diaz, autre responsable de Podemos, qui n’occupe toutefois que la troisième vice-présidence dans la hiérarchie gouvernementale actuelle, derrière Carmen Calvo et Nadia Calviño.