l’ex-conjoint écroué et mis en examen

Mickaël F. avait interdiction de rentrer en contact avec son ex-compagne, mère de leur fillette de quatre ans .

«Mais que fait la justice ?», «Pas une de plus», «On ne naît pas femme mais on en meurt». La colère et le désarroi s’affichaient sur les pancartes, dimanche après-midi, lors du rassemblement organisé en hommage à Sandra. Des centaines de personnes se sont rassemblées devant sa maison rue Camena-Almeida, à Bordeaux. C’est là que cette femme de 31 ans, mère d’une fillette de 4 ans, a été tuée à coups de couteau vendredi. Selon les associations féministes, il s’agit du 58e meurtre de femme de 2021 et il a un air de déjà-vu. Car, depuis le début de l’année, Sandra avait signalé à deux reprises le harcèlement de son ancien compagnon.

Interpellé peu après les faits par les policiers du Raid, cet homme de 36 ans nommé Mickaël a indiqué, lors de sa garde à vue, qu’il s’était caché une partie de la nuit dans un appentis au domicile de Sandra, muni de gants et d’un sac à dos, a rapporté dimanche la procureure de la République de Bordeaux, Frédérique Porterie. Il a reconnu s’être jeté sur son ex-compagne après le départ de leur fille à l’école «pour avoir une explication avec elle». Il a ensuite raconté l’avoir plaquée au sol, s’être emparé d’un couteau avant de se «réveiller d’un trou noir», «pour réaliser quelques minutes après qu’il était couvert de sang et la victime aussi».

Dimanche, le trentenaire a été déféré devant le parquet de Bordeaux et mis en examen pour «meurtre par conjoint» puis placé en détention provisoire. Entre 2004 et 2009, il a déjà été condamné à six reprises pour des infractions routières et des affaires de stupéfiants mais «n’a jamais fait l’objet d’une quelconque condamnation pour violences, notamment conjugales», a souligné la procureure de Bordeaux. L’homme est également décrit comme dépressif et en proie à des problèmes d’addiction à l’alcool.
En janvier, Sandra avait déposé une première plainte pour violences psychologiques et harcèlement téléphonique au commissariat de police. Placé en garde à vue, Mickaël avait nié tout acte de violence et l’association socio-judiciaire chargée d’un rapport d’évaluation avait préconisé un classement, sous condition de prise en charge thérapeutique et stage à destination des auteurs de violences conjugales. Des recommandations de mesures alternatives aux poursuites suivies par le parquet.

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Appels à l’aide

En février, Sandra avait ensuite adressé au juge aux affaires familiales (JAF) une demande d’ordonnance de protection qui ne lui avait pas été accordée. En mai, une autre décision du JAF limitait cependant les droits de visite de son ex-conjoint à leur fille à des rendez-vous dans des «points rencontre» pour «éviter toute relation entre les parties». Fin mars, Sandra avait écrit au procureur pour déposer une nouvelle plainte pour harcèlement téléphonique. L’enquête a mené au placement en garde à vue de l’ex-conjoint. Le 29 juin, quelques jours avant le meurtre, il avait été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’entrer en contact avec la victime et obligation de soins dans l’attente de son procès devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, prévu en novembre. Lors de son audition, ­Mickaël a raconté aux enquêteurs qu’il se sentait dépossédé de ses droits parentaux et que cette procédure «était le fruit d’une machination de son ex-compagne dans le but précis de l’évincer».

Une séparation qui se passe mal, une succession d’appels à l’aide, un ex-conjoint multirécidiviste, des mesures d’éloignement qui restent vaines… Le meurtre de Sandra fait tristement écho à celui de Chahinez, la jeune femme brûlée vive dans la rue par son mari, à Mérignac, le 4 mai 2021. D’autant que les deux meurtres ont eu lieu à quelques kilomètres de distance. «À quoi ça sert de faire des mains courantes et de porter plainte s’il ne se passe rien», interpellait dimanche une habitante brandissant une pancarte rappelant que «dans le quartier des voisins ont fait des mains courantes vis-à-vis du mari pour harcèlement et violence».

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