« Les vaccins ont d’abord pour objectif d’enrichir Big Pharma » : vrai ou faux ?

L’industrie pharmaceutique s’enrichit-elle sur le dos de la crise sanitaire ? Nombreux sont les opposants à la vaccination qui le clament, refusant d’être le jouet de ce qu’ils considèrent comme une vaste opération de lobbying de « Big Pharma ». C’est un fait que nul ne s’aventure à nier : la crise sanitaire est une affaire rentable pour les laboratoires ayant remporté la course aux vaccins. Et cela même avant la commercialisation de leurs produits. À l’automne 2020 déjà, la simple annonce d’un vaccin atteignant 90 % d’efficacité avait permis au directeur général de Pfizer, Albert Bourla, de vendre pour 5,6 millions de dollars d’actions.

Grâce à son vaccin à ARN messager, mis au point avec la société allemande BioNTech, le géant américain prévoit d’engranger 26 milliards de dollars en 2021. La start-up de biotechnologies Moderna, elle, table sur 18 milliards, faisant de son fondateur, Stéphane Bancel, l’un des hommes les plus fortunés de France.

« Loi du marché »

De leur côté, AstraZeneca et Johnson & Johnson, à l’origine du vaccin Janssen, assurent vendre leurs doses « à prix coûtant ». Mais ils le reconnaissent volontiers : les retombées en termes d’activité et de bénéfice sont plus qu’intéressantes. Pas de quoi bondir, selon le docteur Jérôme Marty, président du syndicat de l’Union française pour une médecine libre. « Ne soyons pas naïfs. Les laboratoires pharmaceutiques ne sont pas des bienfaiteurs, même si leurs médicaments soignent des gens, souligne le médecin. On peut toujours s’insurger mais la réalité est que nous vivons dans une société capitaliste et à moins de créer une industrie pharmaceutique publique, cela ne changera pas », prévient-il.

S’ils sont bien réels, ces enjeux financiers ne remettent pas en cause l’utilité des vaccins, insiste Morgane Bomsel, directrice de recherche au CNRS : « Évidemment que les laboratoires se sont fait énormément d’argent. On peut trouver cela choquant mais cela n’empêche pas que nous avons une grande chance d’avoir des vaccins aussi efficaces à notre disposition. » Le profeseur Vassili Soumelis partage sa position : « Renault et Peugeot aussi sont des entreprises à but lucratif, que leur objectif soit de gagner de l’argent ne change pas le fait que leurs voitures nous rendent service », compare cet immunologiste à l’Institut de recherche Saint-Louis-AP-HP-université de Paris.

Suspicion envers les médecins

« On décrit les laboratoires pharmaceutiques comme des méchants mais il faut quand même se rendre compte qu’ils ont réussi à développer d’excellents vaccins reposant sur une technologie innovante. Ils ont très bien travaillé et gagné de l’argent, lequel va aussi leur permettre d’investir dans d’autres innovations. On devrait les applaudir, pas les conspuer », estime le professeur.

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Aux yeux de certains détracteurs, ces vaccins ne seraient pas seulement destinés à « engraisser » « Big Pharma » mais à empoisonner l’humanité, dans le but notamment de réduire la population. « Le vaccin (est) au cœur du triangle OMS-laboratoires pharmaceutique- responsables politiques nationaux ou européens », analyse le docteur Olivier Jourdain dans son livre, Enquête au pays des antivax (Plon). Un triangle qui alimente les suspicions, y compris envers les médecins, soupçonnés de complicité avec les firmes. « On peut envisager que certains soient faillibles et fassent des erreurs. Mais comment pourraient-ils tous ensemble ou presque participer à un complot obscur et cynique ? », soulève le docteur Jourdain, rappelant que les relations financières entre laboratoires et praticiens sont encadrées. Parmi ces dispositifs, la base de données « Transparence santé », dans laquelle les médecins sont tenus de déclarer toute forme d’avantage perçu de la part de l’industrie pharmaceutique.

« Un médecin ne prescrit ou administre un vaccin que s’il estime que son patient en tirera un bénéfice, le reste lui importe peu, insiste le profeseur Vassili Soumelis. Si les laboratoires ont un objectif de rentabilité, les médecins, eux, sont garants de l’intérêt du patient. Nous avons un contrat de confiance. »