Le Royaume-Uni réclame un moratoire sur le protocole nord irlandais

Au début du mois d’avril, l’Irlande du Nord connaissait sa plus grande flambée de violences depuis la signature de l’accord de paix du Vendredi saint, en 1998. Pendant dix jours, les images d’émeutes et d’affrontements entre de jeunes Nord-irlandais, loyalistes favorables au maintien de l’Irlande au sein du Royaume-Uni, et la police ont choqué tout le pays. Des événements qui, en ravivant la mémoire des Troubles du siècle dernier, rappellent que la question du Brexit peut vite devenir une étincelle dangereuse dans la poudrière nord irlandaise.

Des contrôles douaniers en mer d’Irlande

Aux termes de l’accord de Brexit, la province d’Irlande du Nord est maintenue dans le marché unique et l’union douanière européens pour les marchandises. En conséquence, des contrôles douaniers en mer d’Irlande sont nécessaires pour les marchandises arrivant sur le sol nord irlandais. Ce dispositif, devant éviter le rétablissement d’une frontière dure avec la République d’Irlande au sud, qui contreviendrait à l’accord du Vendredi Saint.

Cependant, le protocole nord irlandais tels qu’il a été défini et accepté par le même ministre britannique David Frost, ne convainc plus ni le gouvernement de Boris Johnson, ni les unionistes et les loyalistes nord-irlandais qui voient cette frontière douanière comme un pas vers la réunification avec la République irlandaise qu’ils combattent.

Enfin Londres accuse Bruxelles de se montrer inflexible quant à la mise en place de l’accord. Boris Johnson a menacé à plusieurs reprises de suspendre le protocole en arguant que l’UE construisait « toutes sortes d’obstacles » au lieu de l’appliquer de manière « raisonnable ».

« Établir un nouvel équilibre »

Ce contentieux est d’autant plus urgent à résoudre que ses effets sur les marchandises deviennent de plus en plus concrets. Dernier exemple en date, la chaîne de supermarchés Marks & Spencer a averti qu’elle ne pourrait pas en l’état approvisionner la province avec tous les produits qu’elle fournit habituellement durant la période des fêtes de Noël.

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Pour faire face à ces crises, le gouvernement britannique, par la voix de son ministre chargé de l’Irlande du Nord, Brandon Lewis et de David Frost, en charge des questions européennes, souhaite engager une nouvelle approche du dossier.

David Frost a tenu à rappeler les nombreuses difficultés auxquelles l’Irlande du Nord est confrontée et qui justifieraient des mesures radicales. Selon lui, « il est clair que des circonstances existent pour justifier l’usage de l’article 16 » du protocole nord irlandais, qui permet, sous certaines conditions, de suspendre son application. Pour autant, le ministre estime que ce n’est pas le « bon moment » et qu’il serait opportun de « trouver une autre voie pour établir un nouvel équilibre ».

Un moratoire sur le protocole nord irlandais

Londres appelle à la réouverture des discussions avec Bruxelles et entend faire des propositions à l’UE pour assurer que les marchandises puissent circuler plus librement et que l’Irlande du Nord bénéficie du même accès à ces biens que le reste du Royaume-Uni. Des propositions qui requièrent des « changements significatifs » dans le protocole nord irlandais.

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Dans ces circonstances, David Frost réclame un moratoire sur l’application des dispositions douanières post-Brexit en Irlande du Nord. Selon le document adressé mercredi 21 juillet à l’UE, ce statu quo comprendrait la prolongation des périodes de grâce en vigueur sur certaines mesures ainsi que le gel des actions juridiques intentées par l’UE.

« Les difficultés que nous rencontrons dans la mise en œuvre du protocole nord irlandais sont les principaux obstacles à l’établissement d’une relation avec l’UE qui reflète les intérêts et les valeurs que nous avons en commun », a conclu David Frost. Appelant l’UE à regarder ces arrangements avec un regard nouveau, il souhaite voir dans ce nouveau chapitre l’opportunité de « fournir une plate-forme pour la paix et la prospérité en Irlande du Nord ».