Le « revenu d’engagement » remplace la promesse de « garantie jeunes universelle »

Plus de questions que de réponses. Alors que l’on s’attendait à ce qu’Emmanuel Macron détaille, lors de son allocution du 12 juillet, les contours de la future « garantie jeunes universelle », le président a annoncé qu’il présenterait « à la rentrée le Revenu d’Engagement pour les jeunes, qui concernera les jeunes sans emploi ou formation et sera fondé sur une logique de devoirs et de droits ». Signe d’une évolution à la toute dernière minute du nom du dispositif, le script à destination des sourds et des malentendants indiquait, lui, un « système de garantie jeunes universelle ». Sans donner plus de précision sur le contenu de la prestation.

À l’Élysée, on assure qu’« il s’agira d’un dispositif nouveau, qui reposera sur trois piliers : un accompagnement individualisé grâce au plan Un jeune Une solution [NDLR : une série de mesures présentées à l’automne], un revenu pour tous les jeunes qui en ont besoin sans attendre qu’ils se retrouvent exclus, et un engagement du jeune à s’inscrire dans un parcours qui lui correspond ou d’exercer une activité adaptée, qui conditionnera le montant du versement. » On retrouve peu ou prou ce sur quoi le gouvernement travaille depuis six mois, sans davantage d’arbitrages.

La recette « accompagnement renforcé-allocation »

En janvier, la ministre du travail Élisabeth Borne avait en effet indiqué qu’elle comptait rendre universelle la Garantie jeunes, ce dispositif créé en 2013 qui allie allocation et accompagnement renforcé des 15-25 ans sans emploi ni formation. Depuis, le gouvernement planche sur les moyens d’en faire bénéficier plus d’un million de jeunes.

Selon l’état des travaux la semaine dernière, l’exécutif envisage pour cela de s’appuyer non seulement sur la Garantie jeunes mais aussi sur d’autres mesures faisant partie du plan Un jeune Une solution, comme l’Accompagnement intensif des jeunes, le réseau des Écoles de la Deuxième chance ou Établissements pour l’insertion dans l’emploi. Il s’agit d’appliquer à tous ces dispositifs la recette accompagnement renforcé-allocation, mais aussi d’harmoniser les conditions d’entrée, la durée du suivi et le montant de l’allocation.

Quels jeunes ? Quelle durée ? quel montant ?

La question de faire rentrer dans le dispositif des jeunes précaires qui habitent chez leurs parents et ceux qui ont des tout petits revenus d’activité, ainsi que les étudiants en fin de formation, est ainsi sur la table. Une durée pouvant aller jusqu’à 18 mois, comme c’est le cas pour la Garantie jeunes depuis un décret de mai, est aussi envisagée. Enfin, le montant actuel de la Garantie Jeunes (497,50 €), éventuellement minoré à 300 € pour certains profils, fait également partie des arbitrages qui restent à rendre.

« C’est un peu troublant, réagit Antoine Dulin, président de la commission insertion au Conseil d’orientation des politiques de jeunesse, qui a rendu des propositions clés en main sur le sujet en janvier. D’un côté, il faut se réjouir que le président confirme la volonté de créer un dispositif alliant accompagnement et allocation. De l’autre, c’est décevant de devoir attendre encore deux mois pour avoir les arbitrages finaux. » Surtout, reprend-il, « ça va retarder la mise en œuvre, qui devient compliquée pour début 2022, alors qu’il y a des jeunes qui en ont besoin dès maintenant. »

Alors que l’élection présidentielle aura lieu les 10 et 24 avril, et que le rapport sur le chantier du Revenu universel d’activité, mis en sommeil avec le Covid, est attendu pour octobre, Emmanuel Macron entend faire du droit à l’accompagnement et à l’allocation en contrepartie de devoirs un marqueur de sa fin de mandat, voire de sa campagne électorale.