« Le revenu d’engagement pour les jeunes doit être un droit, pas un dispositif »

La Croix : Emmanuel Macron a annoncé le 12 juillet l’extension de la « garantie jeunes », dans un nouveau dispositif qu’il a baptisé « revenu d’engagement ». Un comité se réunit pour travailler sur la question. Que peut-on attendre de ces rencontres ?

Antoine Dulin : D’abord, des précisions sur le contenu de ce fameux « revenu d’engagement ». Dans son discours, Emmanuel Macron s’est limité à quelques phrases générales. C’est évidemment une bonne chose de le mettre à l’agenda, et d’avancer sur ce sujet, mais il reste à transformer l’effet d’annonce en quelque chose de concret. Il va donc falloir travailler à la définition du terme et de ce qu’il implique.

→ ANALYSE. Le « revenu d’engagement » remplace la promesse de « garantie jeunes universelle »

Vous proposeriez un autre terme ?

A. D. : Dans les faits, ce serait un revenu « d’accompagnement » plutôt que « d’engagement ». Il y a d’un côté un engagement à rentrer dans le parcours, d’accord, mais de l’autre, il faut veiller à ce que cet « engagement » ne devienne pas une barrière ou une manière d’exclure. L’idée, c’est que ce soit un droit pour le plus de jeunes possible, pas un dispositif. On doit surtout éviter de complexifier l’accès à ce revenu.

Le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (COJ) dont vous présidez la commission Insertion a déjà rendu un rapport dans lequel figurent des recommandations. Comment envisagez-vous la suite du travail avec le ministère ?

A. D. : Comme pour les contours de la mesure, on sait peu de choses de l’état d’esprit du gouvernement. On se réjouit de l’annonce, mais on est incertains sur le rapport que l’on aura avec le ministère lors des discussions. Nous arrivons avec 29 propositions concrètes, issues du rapport que nous avons publié il y a six mois. On vient pour une discussion, avec plusieurs éléments saillants que l’on souhaite porter, en particulier la garantie des ressources financières (avec un montant proche du RSA) et l’accessibilité du dispositif à un maximum de jeunes.

→ TRIBUNE. Une garantie jeune « universelle » constituerait une avancée majeure

Quels seront vos points de vigilance ?

A. D.: La nécessité de proposer quelque chose d’adaptable aux nombreuses réalités des jeunes qui pourraient être bénéficiaires de ce programme. L’accompagnement classique de la garantie jeunes n’est pas adapté à tous ces profils. Ces derniers sont multiples, avec des jeunes qui sortent tout juste d’une formation mais aussi des plus précaires, souvent presque invisibles. On espère être rassurés sur la question des jeunes travailleurs pauvres : par exemple les travailleurs-livreurs avec leurs faibles revenus, qui sont pour le moment évincés des dispositifs existants.

Le principal point de vigilance reste le calendrier. Avec le COJ, nous avons remis notre rapport en janvier ; les annonces d’Emmanuel Macron datent du 12 juillet, le comité arrive aujourd’hui pour une mise en place à la rentrée… Sans être défaitistes, on peut douter d’une mise en œuvre rapide, alors même que la réforme de l’assurance-chômage se profile pour l’automne. Il y a en effet un risque de décalage entre les deux calendriers. Cette réforme implique de devoir cotiser plus longtemps (de quatre mois, on passe à six) et les jeunes, nombreux dans les emplois précaires et ponctuels, seront les premiers touchés. Il y a une forme d’urgence que nous devrions pouvoir pallier.