Le Covid-19 a été un révélateur de la précarité étudiante, selon le Sénat

Précarité alimentaire, difficultés financières et matérielles, détresse psychologique… Aucune composante de la vie étudiante n’a été épargnée par la crise sanitaire. Des conditions de vie rythmées depuis plus d’un an par le Covid-19 et aujourd’hui au cœur d’une mission d’information du Sénat. « Le Covid-19 n’a été que le révélateur et l’amplificateur de difficultés préexistantes », affirme Laurent Lafon, sénateur UDI et rapporteur de la mission.

Chaque année, 30 000 nouveaux étudiants en moyenne viennent gonfler les effectifs. Une augmentation démographique constante, qui a guidé les politiques publiques. « La priorité a été d’assurer une inscription pour tous, au détriment d’un accompagnement qualitatif, dont on paie le prix aujourd’hui. »

Partant de ce constat, « s’il n’y a pas d’inversion des politiques publiques, les difficultés rencontrées actuellement par les étudiants se prolongeront dans le temps ». Représentants d’associations étudiantes, acteurs de l’enseignement supérieur et experts ont été entendus dans le cadre de cette mission, inspirant aux sénateurs une cinquantaine de propositions.

Sortir de la logique de pôle universitaire

Une « idée directrice » guide leurs conclusions : étendre le maillage universitaire sur la totalité du territoire. « Aujourd’hui, la carte de l’enseignement supérieur est concentrée autour de grands pôles universitaires, proches des métropoles », relève Laurent Lafon. Ancrer l’offre universitaire dans des villes moyennes permettrait la création de « campus à taille humaine » et favoriserait « un accompagnement personnalisé et individualisé » pour les étudiants en difficulté.

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« Il existe des collectivités désireuses de s’inscrire dans cette démarche ». Certaines le sont déjà, à l’image d’Albi (Occitanie), où l’Institut National Universitaire Champollion « présente des réussites très intéressantes du point de vue de l’accompagnement des étudiants ».

Création d’une bourse décentralisée

Un paradoxe saute aux yeux du rapporteur de la mission : « L’État met chaque année 5,4 milliards d’euros à destination des étudiants, mais pour autant, certains se retrouvent à manger aux Restos du Cœur ». Des difficultés financières aggravées par la crise sanitaire, qui a privé de revenus complémentaires.

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« Il faut prendre en compte le reste à charge des étudiants », préconise le rapport de mission. Pour ce faire, Laurent Lafon propose « la création d’un système de bourses décentralisées inspirées du modèle allemand », calculée « en fonction du reste à charge de l’étudiant et non plus des revenus des parents ». Il pointe aussi les effets de seuil d’attribution des bourses sur critères sociaux, qu’il faudrait « lisser pour arrêter de pénaliser les classes moyennes ».

La cinquantaine de propositions passe en revue tous les aspects de la vie étudiante, du logement à l’alimentation, en passant par la santé – un secteur où la crise a révélé un manque d’identification et d’organisation des structures existantes. Laurent Lafon croit à la « prise de conscience collective », provoqué par le Covid-19, pour que des mesures concrètes découlent de cette mission. « Il n’y a pas de réussite académique sans des conditions de vie correctes », rappelle-t-il.