L’Allemagne confrontée à sa pire catastrophe naturelle d’après-guerre

Des voitures et des camions encastrés les uns dans les autres comme des briques de Lego, des portions d’autoroute et des ponts arrachés, des maisons éventrées ou déplacées de plusieurs centaines de mètres, un immense cratère dans lequel s’est engouffrée une avalanche d’eau et de boue, entraînant les habitations sur son chemin, des panzers déblayant des ruelles bordées de maisons blanches à colombages dévastées… L’ouest de l’Allemagne a subi ces dernières 48 heures la pire catastrophe naturelle qu’ait connue le pays depuis 1945.

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La zone de dévastation s’étend sur 150 km du nord au sud et sur 120 km d’est en ouest, au sud de Cologne, à cheval sur l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg.

Une vague boueuse est arrivée

Vendredi 16 juillet, des milliers de secouristes, pompiers, policiers, militaires, étaient encore à la recherche de survivants, découvrant toujours davantage de morts dans les décombres des maisons. « Mon voisin Bergmüller s’est trouvé piégé par les eaux au milieu de la rue, rapporte – la voix brisée par l’émotion – un Néerlandais vivant depuis 30 ans à Bad Münstereifel, petite cité médiévale aux boutiques signalées voici deux jours encore par de vieilles enseignes dorées. Une vague boueuse de deux mètres de haut est arrivée. Il s’est tenu le plus longtemps qu’il pouvait à un de ces piliers en métal qui empêchent les voitures de se garer. On lui a jeté une corde avec un autre voisin. Mais il a lâché prise. Et comme une flèche, il a dévalé la rue, emporté par les eaux. Je ne sais pas où il est, je ne sais pas s’il vit encore… »

Catastrophe en chaîne

À l’ouest de l’Allemagne, la situation s’est encore détériorée vendredi, avec un glissement de terrain à une quarantaine de kilomètres de Cologne. Les images de la zone sinistrée, à Erftstadt, montrent plusieurs habitations s’effondrer dans un vaste trou. Elles n’avaient pas été évacuées.

++ Eilmeldung ++ In #Erftstadt-Blessem sind Häuser massiv unterspült worden und einige eingestürzt. Es werden etliche Personen vermisst. Aus den Häusern kommen Notrufe, aber eine Rettung ist vielfach nicht möglich. Unser Katastrophenschutz ist vor Ort. Fotos: Rhein-Erft-Kreis pic.twitter.com/Waaq3tMciM

— BezirksregierungKöln (@BezRegKoeln) July 16, 2021

« Nous recevons des appels téléphoniques de détresse, mais nous ne pouvons pas secourir ces personnes », se désespère une porte-parole de la commune. La zone n’est plus accessible que par hélicoptère ou par bateau. Le réseau de téléphonie portable n’avait toujours pas été rétabli vendredi dans une grande partie des régions touchées, compliquant encore un peu plus le travail des secouristes. Ailleurs, c’est une fuite de gaz qui gênait les secours. Des perturbations liées aux intempéries sur un oléoduc menaçaient de priver l’aéroport de Luxembourg d’approvisionnement en kérosène.

À l’est de la zone sinistrée, quelques habitants ont toutefois pu regagner leur maison. Les secouristes annonçaient aussi avoir sauvé quantité d’animaux domestiques, prisonniers d’habitations menacées. Un jeune garçon victime d’un choc a pu être extrait d’une canalisation, où les flots l’avaient entraîné. Maigres succès pour les équipes sanitaires, épuisées par 48 heures de travail ininterrompu.

Solidarité et discours politiques

Cependant, les appels à la solidarité se multiplient, en provenance des Églises catholique et protestante ou de la Fédération allemande de football. Le gouvernement fédéral, après avoir débloqué 50 millions d’euros d’aides d’urgence, doit décider la semaine prochaine d’un plan de soutien aux régions sinistrées.

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Déjà, de nombreuses déclarations politiques se font entendre, pour la plupart des appels à faire davantage pour le climat. Car il ne fait aucun doute en Allemagne que cette catastrophe soit lié au réchauffement climatique. La candidate des Verts en vue des législatives du 26 septembre, Annalena Baerbock, s’est rendue sur les lieux. Et le président de la République fédérale, Frank-Walter Steinmeier, a exhorté vendredi, à lutter « résolument » contre le réchauffement climatique.