La production de plastique en Europe de plus en plus contrainte par les règles environnementales

Il a fallu un électrochoc pour que la Turquie décide de se défaire de son titre de « poubelle de l’Europe ». Une enquête publiée en mai par Greenpeace a levé le voile sur l’existence d’une économie parallèle autour du recyclage du plastique.

Elle révèle que les 500 000 tonnes de déchets plastiques exportées chaque année par l’Europe sur le sol turc à des fins de recyclage sont en réalité glanées par des enfants pour être revendues ou brûlées, sans aucun respect des normes anti-pollution.

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La Turquie était l’une des destinations principales de l’exportation de déchets plastiques européens depuis que la Chine a décidé en 2018 de fermer ses frontières à ces importations. Ankara souhaite désormais emprunter la même voie que Pékin mais cette décision pose de sérieux défis à l’Union européenne qui cherche à s’affirmer comme leader sur la scène mondiale en faveur du climat. Elle ne peut y parvenir qu’en engageant une lutte contre le plastique.

Un objectif clair et ambitieux

Une nouvelle étape dans cette bataille vient d’être franchie samedi 3 juillet, date à laquelle la loi européenne interdisant notamment la vente d’objets en plastique à usage unique est entrée en vigueur, obligeant les 27 à transposer dans leur droit national cette nouvelle législation.

Ces objets, à la durée de vie très courte, ont des conséquences calamiteuses à long terme sur l’environnement. Ils représentent 70 % des déchets marins, participent à la pollution des océans et à la destruction de la biodiversité maritime et terrestre.

Cette accélération de l’agenda européen sur le dossier du plastique est le résultat « d’une prise de conscience », rapporte Patrice Audibert, collaborateur de l’eurodéputée Frédérique Ries, sur la directive anti-plastique à usage unique. « Le Pacte vert européen définit un objectif clair : d’ici à 2030, 55 % des déchets d’emballages en plastique doivent être recyclés. Il faut donc rapidement inverser la tendance », confit-il.

57,9 millions de tonnes de plastique produit en Europe

Il est vrai que le chemin est encore long pour parvenir à ce chiffre. En 2019, l’Europe produisait encore 57,9 millions de tonnes de plastique. Sur ce volume, elle n’en recycle que 32,5 %. Le reste est partagé entre valorisation énergétique et enfouissement. Un recyclage faible et qui s’effectue la plupart du temps en dehors de nos frontières et de nos législations.

En effet, les exportations de déchets plastiques vers l’Inde, le Vietnam, la Malaisie, autrefois la Chine ou la Turquie, échappent le plus souvent au contrôle du respect des standards environnementaux appliqués en Europe. « L’assurance en ce qui concerne le recyclage en dehors de l’Union européenne est faible et le risque d’activités illégales est élevé », prévenait dans un rapport de 2020 la Cour des comptes européenne, et « l’élimination illégale des déchets constitue un des marchés illégaux les plus rentables au monde ».

Un arsenal de mesures pour rattraper le retard de l’Union

Conséquence de cette situation, l’Union européenne cherche à réduire sa part d’exportations. En mai 2020, elle inclut dans la Convention de Bâle, un texte qui régit les mouvements transfrontaliers des déchets dangereux, les déchets plastiques « contaminés, mélangés ou difficile à recycler ». Une mesure qui incitera peut être les États à davantage recycler sur leur sol et, surtout, à tendre de plus en plus vers une économie circulaire. Cette dernière, qui s’oppose à la logique linéaire consistant à « extraire, produire, consommer et jeter », est un des piliers de l’Union pour atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050.

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Selon Patrice Audibert, d’autres projets de loi « qui épousent la prise de conscience collective sur ce sujet », comme la « plastic tax » du plan de relance européen, seront prochainement à l’étude.