La Lituanie durcit sa législation face à l’arrivée de migrants depuis la Biélorussie

La Lituanie ferme ses portes aux migrants. Le parlement lituanien a adopté mardi 13 juillet de nouvelles mesures restreignant l’accueil des migrants dans le pays, en dépit des protestations des organisations humanitaires. Le pays balte souhaite ainsi dissuader les migrants passant par la frontière biélorusse.

La Lituanie a dénombré environ 1 700 arrivées cette année, dont plus de 1 100 depuis le début du mois de juillet. Un chiffre près de 20 fois supérieur à celui de l’année dernière pour ce pays d’à peine 2,8 millions d’habitants, qui accueille habituellement moins d’une centaine de migrants par an. Les arrivants viennent en majorité d’Afrique ou du Moyen-Orient.

Droits des migrants limités

La nouvelle loi interdit la remise en liberté des migrants pendant six mois après leur arrivée. Elle restreint également les chances des migrants d’obtenir l’asile en limitant le droit d’appel des demandeurs déboutés. Ils pourront être expulsés même si une procédure d’appel est en cours. D’autres droits leur seront aussi refusés, comme celui de disposer d’un traducteur ou d’obtenir des informations sur la procédure d’asile.

Selon Agne Bilotaite, ministre de l’intérieur, le message envoyé aux migrants est clair : la frontière entre la Lituanie et la Biélorussie« n’est pas une route pratique » et « les conditions (d’accueil, NDLR) ne seront pas bonnes ». Les nouveaux arrivants sont logés dans des camps d’hébergement situés autour des villes d’Alytus et de Lazdijai, mais « les capacités d’accueil de la Lituanie sont très limitées », rapporte une source interne aux institutions européennes.

L’ombre d’Alexandre Loukachenko

Surtout, les autorités lituaniennes refusent d’accueillir ces personnes qu’elles considèrent instrumentalisées par la Biélorussie. Selon la ministre de l’intérieur, ces migrants ne sont « pas de vrais demandeurs d’asile », mais un « outil utilisé contre la Lituanie » par le président biélorusse Alexandre Loukachenko. La Lituanie accuse son voisin d’utiliser l’arme migratoire comme moyen de pression, alors que le pays balte accueille notamment la cheffe de l’opposition biélorusse en exil, Svetlana Tikhanovskaïa.

Les organisations humanitaires ont dénoncé des mesures qui représentent, selon la Croix-Rouge lituanienne, « de potentielles violations des droits humains ». Si la question de la conformité de ces nouvelles règles au droit de l’Union Européenne se pose, « L’UE autorise ses États membres à prendre des mesures dérogatoires en matière de migration lors d’arrivées importantes », indique Matthieu Tardis, spécialiste des questions migratoires.

Une histoire migratoire spéciale

Le chercheur appelle toutefois à relativiser ces arrivées « loin d’être massives ». Elles suffisent pourtant à générer des craintes chez les Lituaniens, qui entretiennent une histoire particulière avec le phénomène migratoire. « Durant l’époque soviétique, la Lituanie a été marquée par une importante migration russophone, qui a fini par atteindre 8 % de la population, relate la source interne aux institutions européennes. Cette crainte vis-à-vis d’une immigration subie est encore très présente. »

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Cette attitude restrictive pourrait pourtant encourager certains États à utiliser les migrants comme moyen de pression sur l’Union européenne. « Si des États membres réagissent aussi fortement à une arrivée de migrants, certes nouvelle mais peu importante, cela prouve aux pays tiers que le levier migratoire fonctionne », analyse Matthieu Tardis. Un constat auquel ne semble pas souscrire la Lituanie : le gouvernement a annoncé vendredi 9 juillet la construction d’une barrière physique entre les deux pays.