la France s’engage à en « assumer toutes les conséquences »

« La Polynésie française a grandement contribué à la construction de notre force de dissuasion et il convient d’assumer toutes les conséquences, humaines, sociétales, sanitaires, environnementales et économiques », a déclaré Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée à la mémoire et aux anciens combattants, au terme de deux jours d’une table ronde à Paris sur les conséquences des 193 essais nucléaires en Polynésie française, jeudi 1er et vendredi 2 juillet.

« Il n’y a pas eu de mensonge d’État », sur les essais réalisés entre 1966 et 1996, a-t-elle par ailleurs assuré auprès de l’AFP, en marge de la rencontre. La ministre a balayé les critiques formulées jeudi lors de la première journée de ce rendez-vous par les associations antinucléaires, plusieurs élus polynésiens et des historiens.

Pardon

Geneviève Darrieusseq a ainsi exclu un pardon de la France, préalable nécessaire à toute discussion pour le député indépendantiste polynésien Moetai Brotherson. Dénonçant « un coup de comm’à dix mois de la présidentielle », cet élu a refusé de participer à la table ronde, tout comme les principales associations antinucléaires.

Le président de la Polynésie française, Édouard Fritch s’est, lui, réjoui des avancées proposées par Emmanuel Macron, venu participer à la table ronde jeudi sans s’exprimer publiquement. « On a ressenti chez le président de la République une vraie volonté de tourner cette page douloureuse pour nous tous avec les moyens qui doivent être mis en place demain, pour que les Polynésiens reconstruisent cette confiance que nous avons toujours eue avec la France, et c’est un signe fort qu’il a envoyé », a déclaré Édouard Fritch.

Emmanuel Macron a annoncé à la délégation polynésienne qu’il se rendrait à Tahiti le 25 juillet.

Archives

La principale demande des historiens est l’ouverture des archives liées au nucléaire.« Il y a une clause particulière dans le code du patrimoine qui précise que tout ce qui a trait au nucléaire est incommunicable », explique l’historien Renaud Meltz, qui pilote une équipe d’une quinzaine de chercheurs sur l’histoire des essais.

« Mais cette loi nous est parfois opposée pour nous empêcher de voir des archives qui ont trait aux conséquences sanitaires, aux oppositions politiques, aux chocs éventuellement culturels qu’il peut y avoir entre les Polynésiens et les métropolitains. »

« Le Président de la République a confirmé l’ouverture totale des archives à la Polynésie française mises à part naturellement les archives portant sur des informations proliférantes », c’est-à-dire les informations qui permettraient à d’autres pays d’obtenir l’arme nucléaire, a déclaré Édouard Fritch.

Questions sanitaires

Dans une annexe de Matignon, la délégation polynésienne Reko Tika (Parole de vérité) a consacré la matinée de vendredi aux questions sanitaires, sous la présidence du ministre de la santé Olivier Véran.

« Selon nos données de la Caisse de Prévoyance Sociale [CPS, la sécurité sociale locale], les femmes polynésiennes, entre 40 et 50 ans, ont le taux de cancers de la thyroïde le plus important du monde », a déclaré à l’AFP Patrick Galenon, ancien président du conseil d’administration de la CPS. La thyroïde étant un organe très sensible, les rayons ionisants ont selon Patrick Galenon un effet important in utero et dans les premières années après la naissance. Il estime que la CPS a dépensé 670 millions d’euros pour les maladies radio-induites depuis 1985, et souhaite le remboursement de ces dépenses par la France.

« C’est une demande qui nous paraît légitime pour les victimes ayant fait l’objet d’une indemnisation par le CIVEN (Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires) », a répondu Olivier Véran. Les sommes prises en charge seraient cependant minimes si elles ne concernaient que les victimes déjà indemnisées.

Recherche et environnement

En revanche, le ministre de la santé s’est engagé à financer la recherche sur ces cancers, mais aussi à faciliter les indemnisations des victimes en simplifiant les démarches administratives.

Olivier Véran a aussi proposé un soutien médical à travers des postes d’internes en médecine. Il ne s’est pas engagé sur la création d’un Institut du Cancer à Tahiti, mais selon Patricia Grand, Présidente d’honneur de la ligue contre le cancer en Polynésie, le projet est en bonne voie. Les ministres ont suggéré que les annonces les plus importantes attendraient le déplacement du Chef de l’État, prévu à Papeete le 25 juillet.

Sur les questions environnementales, le ministre des outre-mer Sébastien Lecornu a souhaité « définitivement tourner la page de ces terres polluées » à propos des atolls périphériques du Centre d’Expérimentations du Pacifique, comme celui de Hao, dans l’archipel des Tuamotu.