la France est insuffisamment préparée

La guerre au Haut-Karabakh, les combats en Libye, la campagne de la Turquie dans le nord de la Syrie : ces conflits récents ont été marqués par « l’utilisation massive de drones tactiques et de petits drones ». Ces matériels, « moins élaborés, moins coûteux » que ceux employés jusqu’à présent par les puissances occidentales, ont été utilisés selon des modes opératoires nouveaux, en particulier des « vols en essaims » constitués de « munitions rôdeuses » ou drones-suicides.

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Cette nouvelle menace est au cœur d’un rapport du Sénat, qui alerte sur la nécessité de se préparer à une « guerre des drones ». Mis en ligne ce lundi 5 juillet, le document relève des « retards pénalisants » pris par certains programmes d’équipements de l’armée de terre ou de la marine nationale. Pour les compléter, il préconise d’acquérir des drones « bon marché » et « sacrifiables » : comme des « microdrones » servant de leurre et des « microdrones armés qui ne seraient cependant pas des armes autonomes ».

« Une rupture technologique » ?

« Un rattrapage capacitaire est en cours qui permettra aux forces armées françaises de disposer de plusieurs milliers de drones d’ici à 2025, contre quelques dizaines seulement il y a quatre ans », concède le rapport. Ce rajustement concerne surtout les drones MALE (moyenne altitude longue endurance), comme les Reaper qui ont un rayon d’action de 1 800 kilomètres. Armés depuis fin 2019, ils ont assuré 58 % des frappes au Sahel en 2020.

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En vue de les remplacer à partir de 2028, le programme Eurodrone réunissant la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne, semble sur les rails. « Nous avons calé les différents éléments du contrat. Pour nous, c’est fait », a assuré la ministre des armées Florence Parly, le 2 juillet, alors que des partenaires doivent encore valider le volet budgétaire. « J’ai beaucoup d’inquiétudes sur le MALE européen. En 2029, ne sera-t-il pas obsolète ? », s’interroge toutefois le sénateur LR Cédric Perrin, inquiet d’une « rupture technologique ».

2,5 millions de drones civils

Le rapport pointe une autre menace, sur le territoire national, en raison d’une « explosion des drones aériens civils » pour des usages professionnels ou de loisirs. Leur nombre est passé de 400 000 en 2017 à 2,5 millions aujourd’hui. Ces drones, qui pourraient tomber accidentellement ou être modifiées pour des actes d’espionnage ou de terrorisme, représentent un enjeu de protection considérable. Pour la sécurité des bases militaires, comme pour celle des grands événements, comme la Coupe du monde de rugby de 2023 et les Jeux Olympiques de 2024.

Dans cette course contre la montre – alors que les premiers systèmes de défense n’ont été acquis qu’en 2017 (1) –, le Sénat appelle à faire de la « lutte anti-drones » une priorité. Un impératif déjà pris en compte par le gouvernement, qui a promis des « ajustements ».