Janez Jansa se défend face aux accusations

L’ultraconservateur Janez Jansa, logo de la présidence slovène de l’UE sur sa cravate, a joué son rôle sans faire de vagues lors du discours inaugural prononcé face aux eurodéputés. Son pays, à la tête du Conseil depuis le 1er juillet, impulsera l’agenda européen jusqu’au 31 décembre, après quoi ce sera à la France d’occuper la fonction en pleine élection présidentielle.

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Impassible en attendant les salves de réactions qui n’allaient pas manquer, le premier ministre s’est contenté de décliner sobrement les quatre piliers de son programme « Ensemble. Résiliente. Europe. » : relance post-Covid, organisation d’un sommet sur l’intégration des Balkans occidentaux à l’automne, convention sur l’avenir de l’Europe et renfort de la politique extérieure de l’Europe.

« Arrêtez de harceler les journalistes »

Et sur le vrai sujet qui fâche, le respect de l’état de droit et des valeurs européennes, devenu problématique depuis son retour au pouvoir le 13 mars 2020, Janez Jansa s’est contenté de dire ce que les eurodéputés voulaient entendre. « Le respect de l’état de droit sur la base de critères identiques est essentiel si nous voulons que nos concitoyens fassent confiance aux institutions », a sagement énoncé cet ami du premier ministre souverainiste hongrois, Viktor Orban, accusé de pressions sur les médias et d’entraves à l’indépendance de la justice.

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Dans la navette des réactions, des chrétiens-démocrates aux sociaux-démocrates et à la gauche, en passant par les Libéraux et les Verts, tous ont demandé des engagements concrets. « S’il vous plaît, arrêtez de harceler les journalistes et les juges », l’a frontalement attaqué le Néerlandais centriste Malik Azmani (groupe Renew), reprochant à Janez Jansa« de faire partie d’un club très sinistre » n’appréciant ni les médias libres, ni l’indépendance de la justice, ni les droits des personnes LGBT.

Grinçant parquet européen

Les leaders du parlement l’ont également pressé de nommer le procureur délégué qui participera au tout nouveau parquet européen anti-corruption et anti-fraude, en fonction depuis le 1er juin dernier. « Faites-le ici, aujourd’hui ! », lui a intimé Garcia Perez, cheffe du groupe social-démocrate. Janez Jansa a rejeté à deux reprises les noms proposés pour le poste, ce qui a entraîné la démission fin mai de sa ministre de la justice, Lilijana Kozlovič, membre minoritaire de la coalition gouvernementale (Parti du centre moderne, SMC). Les deux magistrats écartés avaient déjà enquêté sur des allégations de pots-de-vin et d’abus de pouvoir à l’encontre du premier ministre.

« Tout problème concernant l’état de droit n’est pas le problème interne d’un État membre, mais le problème de tous les Européens », lui a lancé dans un style plus feutré le conservateur allemand Manfred Weber, chef du groupe conservateur (PPE). L’écologiste Ska Keller a dénoncé un double discours : « Vous mettez en danger les valeurs que vous prétendez défendre ». Le groupe d’extrême droite ID est l’un des seuls à avoir pris sa défense. « Je ne suis pas d’accord avec ces attaques, car personne ne peut donner de leçon de démocratie », a déclaré l’Italien Marco Zanni (La Ligue).

Mauvaise foi

En guise de réponse, Janez Jansaa convoqué l’histoire de la Slovénie, dont il a été le principal artisan de l’indépendance, il y a tout juste trente ans. Tout consiste à dire qu’il n’a pas changé. En 2008, Janez Jansa était déjà au pouvoir, lorsque la Slovénie a assuré sa toute première présidence. Ljubljana passait alors pour un élève modèle, actif dans le processus de ratification du traité de Lisbonne. Le pays, qui ambitionnait alors de devenir « la Suisse des Balkans », prônait une politique environnementale forte et une « révolution verte ». Mais plusieurs virages idéologiques ont déjà pris par cet ancien communiste devenu libéral puis ultraconservateur.

Face aux accusations d’atteinte à la liberté des médias, le premier ministre met en avant, au contraire, une politique de « répression zéro ». Il brandit son statut de journaliste dissident sous le communisme comme une preuve. « Le dernier journaliste mis en prison à cause de ce qu’il a écrit est devant vous aujourd’hui », s’est-il défendu. Janez Jansa a pourtant coupé le robinet des dotations publiques pour l’agence de presse nationale STA, dont la ligne lui déplaisait, et des faits de harcèlement sont bel et bien inventoriés dans un rapport de la Commission européenne.

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Pour ce qui est du parquet européen, le premier ministre slovène promet une nomination « en octobre », à condition qu’il n’y ait pas d’autres recours. Accusé de faire traîner pour gagner du temps, Janez Jansa souligne une impatience injustifiée et un traitement différencié vis-à-vis de son pays, alors que la Pologne, la Hongrie, mais aussi la Suède, le Danemark et l’Irlande ont choisi, à la différence de la Slovénie, de ne pas rejoindre le parquet européen.