En Polynésie, Emmanuel Macron attendu sur les essais nucléaires

Environ 2 000 personnes ont défilé, samedi 17 juillet, dans les rues tahitiennes de Papeete, à l’appel du chef indépendantiste Oscar Temaru. Une manifestation de commémoration, cinquante ans après l’essai nucléaire Centaure du 17 juillet 1974, qui intervient également à une semaine de la visite du président dans l’archipel, du 24 au 28 juillet. Bien que prévue avant l’annonce de la venue d’Emmanuel Macron, la mobilisation réaffirme les attentes qui pèsent sur le chef de l’État concernant la question nucléaire sur le territoire polynésien.

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193 essais ont été réalisés entre 1966 et 1996 dans l’archipel polynésien, exposant 170 000 de ses habitants à des radiations et causant des troubles sanitaires importants. D’après la Caisse de prévoyance sociale, les femmes polynésiennes d’entre 40 et 50 ans ont le taux le plus important du monde de cancer de la thyroïde, en tête de la liste des maladies pouvant résulter des essais nucléaires français, listées dans un décret du Conseil d’État.

Faciliter les demandes d’indemnisation

À la suite de la publication, en mars dernier, du livre enquête « Toxique, Enquête sur les essais nucléaires en Polynésie », qui réévalue à la hausse les répercussions sanitaires et environnementales de ces essais sur les populations, une table ronde s’est tenue à Paris les 1er et 2 juillet, en présence d’une délégation polynésienne, mais boycottée par les ténors de l’opposition au nucléaire. Emmanuel Macron s’y est engagé, aux côtés du ministre de la santé, Olivier Véran, de la ministre de la défense, Geneviève Darrieussecq, et du ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, à « assumer toutes les conséquences » des essais nucléaires en Polynésie française.

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À cette occasion, Olivier Véran a notamment souligné la nécessité de financer la recherche sur les cancers potentiellement radio-induits. « Ce dont les Polynésiens ont besoin, ce sont de réponses concrètes sur la dépollution du territoire, d’un renforcement de l’hôpital de Tahiti, de moyens pour financer la recherche sur le cancer et les études sur la transmission transgénérationnelle, mais aussi pour améliorer la prévention et le dépistage », liste Patrice Bouveret, membre de la branche française de la campagne pour abolir les armes nucléaires (Ican).

Le ministre de la santé a aussi promis de faciliter les procédures de demande d’indemnisation, ce que réclament les associations de défense des victimes. Une demande « légitime », selon l’ex-président du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) Alain Christnacht, « mais qui risque de faire largement baisser le taux d’indemnisation et donc d’alimenter le sentiment d’injustice. Tous les cancers des Polynésiens ne sont pas dus aux radiations nucléaires, nombre d’entre eux s’expliquent aussi par les changements du mode de vie de la population. Pour beaucoup, c’est quelque chose de difficile à admettre ».

Accès aux archives

Lors de cette même table ronde, la ministre des armées, Geneviève Darrieussecq, a par ailleurs évoqué la possibilité de « permettre à tous les Polynésiens d’accéder à leur histoire, aux archives et aux données de santé, en toute transparence, pour objectiver ce qui s’est passé durant cette période, tout en préservant certains secrets qui pourraient permettre à des puissances étrangères de progresser vers l’acquisition de l’arme nucléaire ». Une annonce que devrait confirmer Emmanuel Macron lors de son déplacement à Tahiti le 24 juillet.

L’éventualité d’une demande de pardon de la part du président de la République aux Polynésiens, réclamée par les manifestants lors des mobilisations du 1er et du 17 juillet, a cependant été écartée. «Ça permettrait pourtant aux Polynésiens de sentir que les conséquences des essais nucléaires et les souffrances qui en découlent sont reconnues », affirme Patrice Bouveret.