en Martinique, les tensions s’accroissent

Les commerces de la rue Ernest-Desproges, dans le centre de Fort-de-France, entament la semaine dans l’odeur âcre de la cendre. Durant deux nuits consécutives, celles du samedi 17 et du dimanche 18 juillet, les cocktails Molotov ont répondu aux bombes lacrymogènes. Des centaines d’individus s’étaient donné rendez-vous à 21 heures pile, début du couvre-feu, avec l’envie d’en découdre.

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Durant le week-end, quatre magasins ont été pillés et incendiés, tandis que des voitures, des palettes de bois et les locaux d’EDF ont été brûlés. Les vitres du palais de justice ainsi que celles du commissariat central ont été brisées.

Voiture et magasin brûlés à Fort-de-France, après la nuit du 17 juillet. / Ville de Fort-de-France

Six gendarmes ont été légèrement blessés et sept manifestants interpellés. « C’est uniquement le fait de voyous, de casseurs. Mais il faut bien avouer que les gens sont ulcérés et que la tension sociale s’accentue fortement ici », rapporte la députée martiniquaise Manuéla Keclard-Mondésir.

Les cas positifs multipliés par 10

Le 12 juillet dernier, en direct à la télévision, Emmanuel Macron décrète l’état d’urgence sanitaire en Martinique et à la Réunion. La quatrième vague épidémique y a alors des allures de déferlante : lors des deux premières semaines de juillet, le nombre de cas positifs a été multiplié par dix. « C’est une évolution inédite à l’échelle de la France », commente Olivier Coudin, directeur général adjoint de l’agence régionale de santé. En parallèle, la campagne de vaccination ne décolle pas, avec seulement 15,35 % des personnes de plus de 12 ans qui ont reçu une dose. En anticipation, le CHU de Fort-de-France a commencé les déprogrammations.

Emboîtant le pas au président de la République, le préfet, Stanislas Cazelles, a imposé, dès le mardi 13 juillet, un couvre-feu de 21 heures à 5 heures du matin. Le précédent venait d’être levé, à la mi-juin.

Motifs impérieux pour quitter la Martinique

Pour les Martiniquais, c’est le coup de massue. Dès le soir même, ils se mobilisent sous des pancartes « Vivre libre », « Liberté de respirer », « Nou pa kobay » (« Nous ne sommes pas des cobayes »). « Je suis jeune et je ne vis plus ! Mes amis de métropole vont en boîte de nuit, pendant que je dois m’enfermer ! Leurs cas à eux aussi, augmentent ! », s’emporte Lorie, des sanglots dans la voix. La jeune fille, qui travaille dans la fonction publique, espérait profiter de ses vacances estivales pour rendre visite à sa famille en Guadeloupe. Mais, pour quitter la Martinique sans être vacciné, les motifs impérieux sont de nouveau nécessaires.

Lorie a manifesté samedi, avant l’escalade de violences. Elle est retournée dans la rue le lendemain, et se dit d’ores et déjà déterminée pour le week-end prochain. « Le calme est loin d’être rétabli », confirme la députée Keclard-Mondésir : « La préfecture a été prise de court face aux événements du week-end. Désormais, la sécurité est renforcée et devrait contenir de nouveaux débordements », veut-elle croire. Près de 250 gendarmes et policiers ont été dépêchés et resteront mobilisés dans le centre-ville de Fort-de-France, a confirmé la préfecture.