En Lituanie, les arrivées de migrants vécues comme des « attaques hybrides » de la Biélorussie

► Que se passe-t-il à la frontière lituanienne ?

Encore 37 migrants en provenance de Biélorussie ont été arrêtés entre jeudi 8 et vendredi 9 juillet. Les arrivées ne sont pas massives mais elles se poursuivent depuis quelques semaines en Lituanie, pays de 2,7 millions d’habitants peu habitués aux phénomènes migratoires. Depuis le début de l’année, 1 546 personnes, essentiellement en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique, ont franchi la frontière, soit une multiplication par 20 par rapport à la situation précédente. Le gouvernement chrétien-démocrate a décrété l’état d’urgence.

► Comment les migrants sont-ils accueillis ?

Il existe bien des centres d’hébergement en Lituanie, autour des villes l’Alytus ou Lazdijai, mais l’accueil n’est pas du tout dimensionné pour faire face à la nouvelle situation. Le gouvernement envisage de construire des camps de tentes ou d’habitations modulaires pour y faire face dans la ville de Dieveniskes, près de la frontière biélorusse. L’installation d’une barrière physique a commencé.

Le statut juridique des étrangers va être réformé. « Notre objectif est de raccourcir les procédures à dix jours », a déclaré la ministre de l’intérieur Agne Bilotaite qui entend par ailleurs restreindre dès le mois d’août la libre circulation des demandeurs d’asile. L’agence européenne Frontex a déployé vendredi 9 juillet une première équipe de six gardes-frontières en Lituanie, un nombre qui devrait passer à 30 dans le courant du mois.

► Y a-t-il une arrière-pensée politique derrière tout cela ?

Pour Vilnius, il n’y a pas de doute possible : il s’agit d’une « attaque hybride » organisée par le régime biélorusse contre la Lituanie qui accueille de nombreux opposants, dont la cheffe de l’opposition en exil, Svetlana Tikhanovskaïa qui affirme avoir remporté légitimement l’élection présidentielle d’août 2020 face à Alexandre Loukachenko.

Les autorités européennes ne disent pas le contraire. « Il y a effectivement une suspicion qu’il y ait un rôle du régime biélorusse », a déclaré le président du Conseil européen Charles Michel, durant une visite dans le bourg frontalier lituanien de Medininkai, le 6 juillet. « Nous ne sommes pas naïfs en Europe. Nous ne sommes pas non plus intimidés », a-t-il poursuivi devant les journalistes.

Le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, nie toute implication. À l’entendre, le gouvernement lituanien n’aurait à s’en prendre qu’à lui-même. Vilnius aurait créé les causes de son tourment en annonçant l’accélération des procédures. « Si vous déclarez au monde entier que vous allez enregistrer encore plus vite ceux qui font route par la Biélorussie, ils continueront leur chemin. Vous ouvrez encore plus largement la porte à ces migrants », a-t-il déclaré via l’agence d’État biélorusse Belta. Mais les arrivées avaient commencé bien avant cette annonce.

→ RELIRE. Roman Protassevitch, la bête noire du pouvoir biélorusse

Dès la fin juin, lorsque Minsk avait annoncé la suspension de sa participation au Partenariat oriental de l’UE, lancé en 2009, en représailles aux nouvelles sanctions européennes décidées après le détournement d’un avion, à bord duquel se trouvait un opposant, arrêté à l’aéroport de Minsk. La coopération en termes de lutte contre l’immigration en faisait partie.