En Géorgie, vent de critiques contre le gouvernement après une vague de violence

Aucune concession. Une semaine après des violences survenues en amont d’une marche LGBT et un jour après l’annonce de la mort d’un journaliste tabassé lors de cette même journée de violence, le premier ministre géorgien Irakli Garibashvili, a continué de dénoncer l’organisation de la marche, minimisant des affrontements « malheureux », qui, a-t-il déclaré le 12 juillet, peuvent arriver « partout » dans le monde.

→ EXPLICATION. Manifestations anti LGBT : les relations UE/Géorgie sont-elles menacées ?

« 95 % de notre population est opposée à cette parade de propagande (…) la seule parade qui sera organisée dans notre pays est celle de notre armée », a assuré le chef de gouvernement, arrivé au pouvoir en février 2021, sur fond de crise politique latente – l’opposition refusait alors de reconnaître le résultat des élections législatives du mois d’octobre.

« marche de la dignité », de violentes attaques

Le 5 juillet, les préparatifs de la « marche de la dignité » qui devait se dérouler le même jour dans les rues de la capitale géorgienne de Tbilissi ont très rapidement dégénéré. Le premier ministre avait donné le ton en dénonçant la marche comme une action « déraisonnable » organisée par « l’opposition radicale ». Sous le regard largement passif de la police, des membres de plusieurs groupes d’extrême droite encouragés par des prêtres de l’Église orthodoxe géorgienne ont envahi les sièges de plusieurs ONG locales et poursuivi des journalistes à travers les rues de la ville, faisant au moins 53 blessés et forçant les organisateurs à annuler la marche.

Les autorités ont dans la foulée annoncé l’arrestation de huit personnes impliquées dans les violences. Dans un communiqué, les ambassades de 18 pays occidentaux, dont les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, ont dénoncé « les violentes attaques survenues aujourd’hui contre des activistes, membres de la communauté et journalistes, ainsi que l’échec du gouvernement et des dignitaires religieux à condamner cette violence ».

Mais si les critiques de la société civile fusent contre le pouvoir géorgien depuis le début de la semaine, l’annonce dimanche 11 juillet de la mort d’Aleksandre Lashkarava, un caméraman attaqué par des groupes radicaux lundi dernier, a poussé dans la rue plusieurs milliers de Géorgiens. Les circonstances de la mort du journaliste restent peu claires, et le ministère de l’intérieur géorgien s’est empressé de noter qu’Aleksandre Lashkarava était rentré chez lui samedi soir « apparemment en état d’ébriété ».

De nombreuses organisations civiles géorgiennes ont néanmoins directement relié sa mort aux scènes de violence du 5 juillet, et plusieurs milliers de personnes se sont réunies au soir du 11 juillet, sous les fenêtres du parlement pour réclamer la démission du premier ministre et du ministre de l’intérieur. Pour le média géorgien Civil.ge, « face à la perspective d’élections législatives anticipées et dépourvues de toute figure pro-occidentales, le parti Rêve Géorgien s’est instinctivement accroché à un illibéralisme teinté de religieux comme plateforme idéologique, en espérant qu’une telle posture lui offre le soutien de la majorité ». Le pouvoir a de fait exclu toute démission, malgré de nouvelles manifestations prévues lundi 12 juillet au soir.