Défilé du 14 juillet, la police municipale au premier plan

C’est une première pour la police municipale : le 14 juillet prochain, 45 de ses membres vont défiler sur les Champs-Élysées, au même rythme que les forces militaires du pays, traditionnellement représentées. La délégation arrive de Nice, où elle s’est entraînée ces dernières semaines. Un symbole fort pour la profession dans le contexte de la loi pour une sécurité globale, comme pour la ville meurtrie par les attentats terroristes il y a cinq ans.

Le « modèle niçois à l’honneur »

« Nice est légitime à défiler », estime Yves Bergerat, président du Syndicat national des policiers municipaux (SNPM). Le 29 octobre dernier, la ville a été de nouveau touchée par un attentat dans la basilique Notre-Dame et c’est l’intervention rapide de trois policiers municipaux qui a permis de neutraliser l’assaillant. Première ville à faire renaître la police municipale en 1961, Nice possède l’effectif le plus important du pays, avec 455 agents.

Dans le milieu policier, le « modèle niçois » fait d’ailleurs parler de lui. « C’est une police d’intervention. Dans les rues, des bornes permettent aux Niçois de la contacter », relève Jacques de Maillard,professeur de sciences politiques à l’université de Versailles-Saint-Quentin, et directeur du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CESDIP). « Elle est aussi très bien équipée, avec des modèles d’armes à feu très modernes, ajoute Mathieu Zagrodzki, chercheur associé au CESDIP. Et les agents sont plus entraînés au tir que les policiers nationaux. »

Une participation s’inscrivant dans la « sécurité globale »

Mais au-delà de cette spécificité niçoise, la participation de la police municipale à l’événement national apporte à la profession « la reconnaissance qui manquait »,selonYves Bergeratqui y voit « un hommage à toutes les polices municipales de France ».

Considérée comme la troisième force de sécurité intérieure, la police municipale voit d’année en année son essor confirmé. Entre 2010 et 2018, les effectifs ont augmenté de 24 %, pour atteindre près de 24 000 policiers municipaux répartis, inégalement, entre 4 500 communes. À l’automne prochain, même la capitale en sera dotée.

Qu’une délégation prenne part au traditionnel défilé marque « l’aboutissement d’une prise de conscience que les policiers sont en première ligne », analyse aussi Mathieu Zagrodzki. « En creux, c’est reconnaître qu’ils jouent un rôle important » dans le cadre du « continuum de sécurité », et aujourd’hui, de la « sécurité globale ».

Au détriment de ses missions d’origine ?

L’extension des compétences de la police municipale est l’une des mesures phares de la toute nouvelle loi pour une sécurité globale. À titre d’expérimentation, l’article 1er visait à élargir leurs domaines d’intervention, leur conférant des prérogatives judiciaires. Une disposition censurée par le Conseil constitutionnel, qui a rappelé que la police municipale dépendait des communes et non de l’autorité judiciaire.

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Surveillance quotidienne, vigilance anti-terroriste, lutte contre la délinquance et plus récemment, respect des mesures sanitaires induites par le Covid-19… Dans les faits, la police municipale se trouve déjà fréquemment sollicitée pour intervenir en soutien des forces de sécurité nationales. Non sans risque, pour Jacques de Maillard : « La police municipale pourrait ainsi perdre sa dimension relationnelle, aspirée par des tâches plus répressives et judiciaires laissées par la police nationale qui continuerait de lui déléguer un certain nombre de missions. »