Covid-19, qui sont les anti-passe sanitaire ?

Sous les hashtags #touchepasàmesgosses #dictaturesanitaire ou #halteautraçagegouvernemental, les appels à manifester samedi 17 juillet se multiplient sur les réseaux sociaux depuis le début de la semaine. Et la « liste des rassemblements contre le passe sanitaire » dans plus de 80 villes françaises est partagée par des milliers d’utilisateurs Facebook et Twitter. Mercredi 14 juillet déjà, 48 heures après les annonces sanitaires faites par Emmanuel Macron, 17 000 Français se sont réunis à Paris, Lyon, Toulouse, Annecy ou encore Lille pour protester contre l’extension du passe sanitaire aux cinémas, cafés, restaurants ou transports en commun.

Anti-vaccins, conspirationnistes et Gilets Jaunes

« Une ultraminorité », assurait le ministre de la santé Olivier Véran vendredi 16 juillet. De nature hétéroclite, elle dépasse tout de même le groupe des anti-vaccins. « Le groupe historique des anti-vaccins purs est assez minoritaire en France, explique Sebastian Dieguez, chercheur en neurosciences à l’université de Fribourg et spécialisé dans le complotisme. Là, c’est un agrégat opportuniste de plusieurs groupes conspirationnistes, qui peuvent dans ce contexte libérer leurs théories les plus folles. Par exemple, les vaccins du Covid-19 sont conçus pour réduire la population mondiale, ou encore pour contrôler les esprits grâce à la 5G ».

Apparaissent aussi des figures habituées de la contestation sociale, comme Jérôme Rodrigues, Eric Drouet ou Maxime Nicolle, tous trois anciens leaders du mouvement des gilets jaunes. « Le trait caractéristique qui unit tous ces groupes malgré leurs différences de motivation, des anti-vaccins aux gilets jaunes, c’est la défiance envers les institutions publiques », résume Antoine Bristielle, chercheur en science politique et directeur de l’Observatoire de l’opinion de la fondation Jean-Jaurès. Pour lui, ce mouvement « marque le retour sur le devant de la scène du principe de liberté individuelle, alors que la contestation sociale était jusqu’ici organisée autour du principe d’égalité ».

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Le soir des annonces, Maxime Nicolle, qui comptabilise plus de 150 000 amis sur le réseau, lance une vidéo pour appeler à manifester. « Plus de 6 000 personnes l’ont regardé en direct, et la vidéo comptabilise depuis 200 000 vues, affirme-t-il. C’est la première fois depuis longtemps que j’attire autant de monde ». Parmi les spectateurs, d’anciens gilets jaunes, mais aussi « des soignants, des pompiers ou des commerçants, tous ceux menacés de perdre leur salaire, ou de payer des amendes s’ils ne se plient pas à ces mesures liberticides », renchérit le militant.

Grogne des restaurateurs

Au sein des groupes « anti-passe sanitaire », qui atteignent jusqu’à 130 000 membres, on trouve aussi, entre deux théories abracadabrantesques, des sceptiques, inquiets du « peu de recul » de la science sur les vaccins du Covid-19, des soignants qui se disent « pour la liberté de choisir de se soigner comme on l’entend ». Ou encore des restaurateurs, comme Maxence, cuisinier de 24 ans et vacciné, qui fustige ce « passe sanitaire de la honte ».

Il fait partie des personnes à risque et a été vacciné « un peu à reculons ». « Je comprends les personnes en bonne santé qui doutent de la nécessité et de la sécurité de ce vaccin, explique-t-il. Forcer les gens à se faire vacciner par des lois liberticides n’est pas l’idée que je me fais de la République et de la démocratie ». Surtout, il prend aussi cette annonce comme un coup dur pour sa profession. « On a déjà été très ciblés par les mesures de restriction, et maintenant on nous menace avec de lourdes amendes si on ne contrôle pas les passages sanitaires », s’insurge-t-il.

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Selon un sondage du cabinet Elabe paru le 13 juillet, environ un tiers des Français se positionnent contre le passe sanitaire. « Même s’ils ne manifestent pas, les 18-24 ans et les 25-35 ans considèrent à 45 % que les mesures annoncées par Emmanuel Macron sont trop strictes », détaille Antoine Bristielle, par ailleurs attentif aux « signaux faibles », notamment sur les réseaux sociaux. « Au-delà des manifestations qui restent marginales, la mobilisation semble plus importante que lors des précédentes contestations liées au Covid. »