Comment la Guadeloupe a vaincu sa plus longue épidémie de dengue

La fin d’un fléau. Le 20 mai dernier, les autorités guadeloupéennes ont acté le terme, provisoire, de l’épidémie de dengue, une maladie infectieuse transmise par le moustique-tigre Aedes albopictus qui sévit dans les zones tropicales. « Il s’agit de la plus longue jamais enregistrée à ce jour », a précisé la préfecture. Commencée en octobre 2019, elle a engendré 23 590 cas, 218 hospitalisations et au moins 3 décès avérés, selon Santé publique France.

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Dans les locaux de l’Agence régionale de santé (ARS), à Gourbeyre, le soulagement est palpable. La vingtaine d’agents spécialisés dans la lutte « anti-vectorielle » souffle enfin. Pugnaces, ils ont écumé les « points critiques » de toute l’île afin d’y éliminer les gîtes larvaires (endroit où la femelle pond ses œufs) s’invitant souvent chez les propriétaires « absents, inexistants ou défaillants », explique Patrick Saint-Martin, le directeur de la veille sanitaire de l’ARS.

Traquer les moustiques jusque chez les habitants

Le nœud du combat, de fait, se situe sur les terrains privés. « La plupart du temps, le moustique qui vous pique est né chez vous », affichent d’ailleurs les campagnes de sensibilisation. Les fûts, les petits récipients, les déchets et chaque objet favorisant la stagnation de l’eau sont vecteurs de risques.

Marcus, 72 ans, habitant de Petit-Bourg, a attrapé la dengue de type 1 (il existe quatre types, NDLR) il y a dix ans et, depuis, a adopté nombre de précautions. « Après la pluie, je fais le tour de mon jardin, je vide les soucoupes de mes pots de fleurs, le fond de ma poubelle, qui n’a pas de couvercle », raconte le septuagénaire. Une fois par mois, aussi, son fils vient vider l’eau qui croupit au fond de sa gouttière. « Elle est mal fichue », peste-t-il.

Depuis peu, l’ARS et la préfecture dispensent des formations à destination des professionnels de la construction, sur les règles à respecter pour éviter la prolifération des gîtes à moustiques. Marcus insiste : il faut jeter un coup d’œil chez sa cousine, et voisine, Béatrice. Plutôt que de renoncer au vieil abreuvoir de son jardin, elle y a, sur conseil de l’ARS, introduit de petits poissons bleutés. Ils sont larvivores, explique-t-elle, et la débarrassent « d’un tas de moustiques ».

Des expérimentations contre le moustique-tigre

S’ils changent assurément la donne, aucune étuden’a mesuré à quel point les comportements individuels ont participé à la fin de l’épidémie.« Les mystérieux cycles de la nature, eux aussi, font leur travail », nuance Patrick Saint-Martin. « Selon moi, les changements climatiques ne sont d’ailleurs certainement pas étrangers à la longueur exceptionnelle de cette épidémie 2019-2021 », ajoute-t-il. Depuis 2009, les épidémies de dengue sont périodiques dans les Antilles et y reviennent tous les deux ou trois ans.

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Dans l’espoir de pouvoir un jour briser ce cycle, des expérimentations « longue durée » sont donc lancées. Depuis juin 2021, un étrange élevage de moustiques-tigres s’est installé à Terre-de-Haut. Les femelles, une fois adultes, seront relâchées sur le territoire. Elles concurrenceront leurs homologues « normales », se reproduiront avec les mâles déjà présents, et donneront naissance à une progéniture « non-viable », qui devrait mourir avant de transmettre la dengue.