Boris Johnson à l’isolement à l’heure de la levée des restrictions

Tout un symbole. À la veille du « Freedom Day », marquant la levée des restrictions liées à la pandémie, lundi 19 juillet, trois des plus hauts dirigeants britanniques sont contraints à l’isolement. Boris Johnson et le ministre des finances, Rishi Sunak, sont cas contact, après avoir rencontré, vendredi 16 juillet, le ministre de la santé, Sajid Javid, testé positif au Covid-19, samedi 17 juillet.

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Dans un revirement spectaculaire, Downing Street a affirmé, dimanche 18 juillet, que le premier ministre et le chancelier s’auto-isoleraient, plutôt que de participer à un programme pilote de dépistages quotidiens, comme cela avait été annoncé 157 minutes plus tôt. La raison ? Les ministres ne doivent pas être perçus comme ne suivant pas les mêmes règles que tout un chacun. Boris Johnson s’est fendu d’un tweet appelant la population à la « prudence ».« Passez demain à l’étape suivante [de ce déconfinement] avec tout (…) le respect qu’il faut envers les autres », a-t-il tweeté.

« Une fois de plus, le premier ministre et le chancelier ont pensé que les règles que nous suivons tous ne s’appliquent pas à eux », a commenté le leader travailliste Keir Starmer. « Au moment où nous devons maintenir la confiance dans l’auto-isolement, les parents, les travailleurs et les entreprises se demanderont ce qui se passe à Downing Street ».

54 000 cas quotidiens

Le Royaume-Uni, le pays le plus touché en Europe par la pandémie, avec plus de 128 600 morts, voit les contaminations grimper en flèche depuis des semaines, dépassant, samedi 17 juillet, les 54 000 cas quotidiens. Boris Johnson n’en a pas moins confirmé la levée de la plupart des restrictions restantes en Angleterre, à partir du lundi 19 juillet, y compris l’obligation de porter le masque ou la distanciation sociale, préférant s’en remettre à la « responsabilité individuelle » de chacun.

À partir de lundi, le télétravail ne sera plus la norme. Les salles de spectacle et les stades rouvriront à pleine capacité, les discothèques pourront de nouveau accueillir du public, le service au bar sera de nouveau possible dans les pubs et le nombre de personnes autorisées à se rassembler ne sera plus limité. Le port du masque ne sera plus obligatoire, mais recommandé dans les transports et magasins.

Quarantaine pour les personnes venant de France

Aux frontières, un assouplissement entre aussi en vigueur pour certaines destinations. Les personnes entièrement vaccinées au Royaume-Uni et venant de pays classés « orange », parmi lesquels de nombreuses destinations touristiques comme l’Italie ou l’Espagne, n’auront plus besoin d’observer de quarantaine à leur arrivée en Angleterre, à l’exception de ceux venant de France en raison de la « présence persistante » de cas du variant Beta, selon le gouvernement.

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Ce grand relâchement inquiète, face à la montée des contaminations dues au variant Delta. Leur nombre quotidien pourrait atteindre 100 000 cet été, de l’aveu même du ministre de la Santé. Un groupe d’influents scientifiques internationaux a appelé, vendredi 16 juillet, le gouvernement britannique à revenir sur sa décision qui « risque de saper les efforts de contrôle de la pandémie non seulement au Royaume-Uni, mais également dans d’autres pays ».

Succès de la campagne de vaccination

L’ancien ministre de la santé, Jeremy Hunt, estime que la situation était « très grave » avec un nombre croissant d’hospitalisations qui pourrait conduire le gouvernement à réimposer des restrictions. La pression monte des milieux économiques pour que l’application utilisée par le service public de santé soit révisée en raison du très grand nombre de gens contactés, qui fait craindre des pénuries de personnel empêchant certains services de fonctionner. Une ligne du métro de Londres a dû ainsi être interrompue, samedi 17 juillet, faute de personnel suffisant dans la salle de contrôle.

Boris Johnson s’appuie sur le succès d’une campagne de vaccination menée tambour battant depuis décembre – plus de deux tiers des adultes entièrement vaccinés – mais il reste prudent. Le premier ministre s’est bien gardé de promettre, comme il l’avait fait durant toute le printemps, que la levée des restrictions serait « irréversible ».