Avec Unisoap, elle recycle les savons d’hôtel pour les offrir aux plus démunis

« L’hygiène n’est pas seulement une question de propreté : elle touche à la dignité et à l’estime de soi. Aujourd’hui, bien trop de personnes en sont privées ! », s’indigne encore Pauline Grumel. Cette Lyonnaise de 37 ans a créé, il y a un peu plus de trois ans, l’association Unisoap, qui permet de récupérer les produits d’hygiène gâchés par les établissements hôteliers pour les donner aux populations les plus défavorisées. Depuis, six tonnes de matière ont été récoltées pour fabriquer 20 000 nouvelles savonnettes, dont une partie a déjà été distribuée à des associations.

Un processus de fabrication solidaire

C’est lors d’un séjour à l’hôtel, en 2017, que Pauline Grumel est pour la première fois interpellée par la quantité de produits gâchés par les clients d’hôtel : en s’aventurant dans des calculs, elle découvre que 50 millions de pains de savons disparaissent à la poubelle chaque année.

« C’est un gâchis phénoménal, quand on sait que 3 millions de personnes n’ont pas les moyens d’acheter les produits de base en France, et que des millions d’autres meurent à cause de cela dans les pays en développement ! », déclare-t-elle. La jeune femme travaille alors dans l’agence de communication qu’elle a fondée dix ans auparavant mais qu’elle quitte, au bout de quelques mois. Elle se lance, seule, dans la création d’une structure qu’elle baptise « Unisoap » (« soap » signifiant « savon » en anglais).

→ VIDÉO. Des kits d’hygiène pour les plus démunis

Elle passera près d’un an à toquer à la porte des hôtels, où elle découvre que certaines femmes de chambre font déjà des stocks, et à solliciter les associations locales d’aide aux personnes précaires « qui n’attendaient que ça ! ». Alors que la cagnotte pour financer son projet se remplit lentement, elle se rapproche d’un ingénieur et d’un expert en cosmétique pour mettre en place un procédé « confidentiel » de recyclage, « car nous sommes les premiers à faire ça en France ! », rappelle-t-elle.

Et cette habituée de l’action humanitaire et écolo ajoute une nouvelle touche de solidarité : la production de ces pains de 100 g chacun, sera entièrement assurée par des travailleurs en situation de handicap, via des Établissements et Service d’Aide par le Travail (Esat) locaux.

L’effet crise sanitaire

Pauline Grumel se souvient encore des yeux « surpris et émus » des bénéficiaires lors de la toute première distribution, organisée avec les Restos du cœur. « Certains prenaient même le temps de venir nous voir pour nous dire que les savons étaient beaux et qu’ils sentaient bon ! », raconte-t-elle. Aujourd’hui, Unisoap compte plus de 150 hôtels partenaires et distribue ses savons « comme neufs » un peu partout en France, grâce à des dizaines d’associations caritatives, dont le Secours populaire ou l’Armée du salut.

Désormais composée de cinq personnes, l’équipe a été « particulièrement sollicitée » cette année, alors que la crise liée au Covid-19 a fait exploser la précarité en même temps que les conditions sanitaires se sont dégradées. D’abord financé par des dons, de particuliers et d’hôtels notamment, ce projet écologique et solidaire est maintenant soutenu par plusieurs fondations et voudrait élargir son offre « avec des kits d’hygiène complets, destinés aux personnes sans abri mais aussi aux réfugiés ou aux étudiants », confie Pauline Grumel.