Au sommet sur l’islamophobie, Ottawa s’engage à agir

Le gouvernement fédéral tient jeudi un sommet sur l’islamophobie à la suite d’une série d’attaques violentes et ciblées qui ont tué ou blessé des Canadiens musulmans et laissé des communautés sous le choc à travers le pays.

Lors de la séance d’ouverture, qui s’est déroulée à midi, le premier ministre Justin Trudeau a répété qu’« il n’y a pas de place pour l’islamophobie au Canada », mais qu’« il reste du travail à faire à l’échelle du gouvernement pour démanteler le racisme institutionnel ». Il a aussi déclaré que « les gouvernements, ainsi que les institutions, les organismes, les milieux de travail et les Canadiens ont tous un rôle essentiel à jouer » pour combattre la discrimination raciale.

La ministre de la Diversité et de l’Inclusion, Bardish Chagger, a déclaré que le sommet sera l’occasion pour les Canadiens musulmans d’exprimer leurs idées et leurs points de vue sur la façon dont Ottawa peut mettre en œuvre des politiques qui protègent leurs communautés. Elle a reconnu, lors de son allocution, que « les mots ne sont pas assez » et qu’il faudra « transformer les paroles en actions », ce que le gouvernement s’engage à faire.

Une séance de discussion entre des politiciens et des représentants de communautés musulmanes sera diffusée en direct, dès 15 h 10, sur la page Facebook du ministère du Patrimoine.

Un événement semblable, cette fois sur l’antisémitisme, a eu lieu mercredi.

Série d’attaques meurtrières

Plus de 150 organismes musulmans et de défense des droits de la personne avaient réclamé la tenue du sommet dans une lettre au premier ministre, en juin dernier, quelques jours après la mort de quatre membres d’une famille musulmane à London, en Ontario, frappés par une camionnette, dans ce que la police locale a décrit comme un « acte prémédité » et motivé par la foi des victimes. Seul un garçon de neuf ans a survécu.

Les signataires ont aussi signalé la multiplication des actes terroristes islamophobes dans le monde, notamment l’attentat de la grande mosquée de Québec en 2017, qui a fait six morts.

De plus, une série d’attaques motivées par la haine a visé plusieurs femmes musulmanes portant le hidjab en Alberta au cours des derniers mois. En septembre dernier, un musulman a été poignardé à mort alors qu’il faisait du bénévolat dans une mosquée de Toronto.

Le 11 juin, les députés ont adopté à l’unanimité une motion demandant au gouvernement de convoquer un sommet d’urgence sur l’islamophobie.

S’attaquer au racisme systémique et au suprémacisme blanc

En prévision du sommet, le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) a déposé une liste de 61 recommandations visant tous les paliers de gouvernement. Il demande entre autres le développement d’une « stratégie fédérale de lutte contre l’islamophobie d’ici la fin de 2021 », l’ajout dans le Code criminel de dispositions touchant spécifiquement les crimes haineux et un resserrement de la surveillance des groupes de suprématie blanche et de toute entité qui s’associe à eux.

L’organisme s’oppose fermement à la loi 21 de Québec et enjoint le gouvernement fédéral à s’y opposer et à créer « un fonds pour aider les personnes touchées ».

Mustafa Farooq, directeur général du CNMC, a affirmé que le gouvernement fédéral ne dispose actuellement d’aucune ressource ou stratégie spécifique visant à lutter contre l’islamophobie.

Il a précisé que les appels à l’action de son organisation incluent d’exhorter le gouvernement fédéral à créer un bureau d’envoyé spécial sur l’islamophobie et à investir dans une stratégie anti-islamophobie spécifique.

« Simultanément, le gouvernement fédéral doit s’engager à lutter contre l’islamophobie systémique au sein du gouvernement en examinant le profilage [à l’Agence du revenu du Canada] des organismes de bienfaisance dirigés par des musulmans, ou la façon dont les agences de sécurité nationale ont continué à profiler les musulmans canadiens et d’autres minorités racisées », a-t-il déclaré.

M. Farooq dit que les provinces devraient s’engager à adopter des stratégies anti-islamophobie dans le domaine de l’éducation et devraient créer des unités provinciales de responsabilisation contre les crimes haineux.

« Nous devons voir de l’action. Et nous devons la voir maintenant, a-t-il demandé. Les gouvernements participant au sommet doivent savoir que nous voulons plus que leur participation. Nous voulons voir leur engagement à respecter des échéanciers. »

Ce sentiment est partagé par le fondateur du groupe Canadiens unis contre la haine, Fareed Khan, selon qui « les musulmans canadiens s’attendent à des annonces majeures sur ce que le gouvernement fera pour lutter contre l’islamophobie et d’autres formes de haine ». Il a affirmé dans un communiqué de presse que le « gouvernement fédéral a beaucoup à se racheter étant donné le rôle qu’il a joué dans l’ensemencement de l’islamophobie dans la société canadienne à la suite des attentats terroristes du 11 septembre [2001] ».

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